Ce livre dont la traduction française a été
imprimée pour la première fois par la Librairie Ernest
Leroux à Paris en 1939 comprend deux parties. La première
est la traduction du livre intitulé Ar-Radd-ul Jamil li-ilahiyat
Isâ bi Sarih al Injil de Muhammad Ghazali. Dans ce livre, on
prouve avec les arguments que Hadrat Isa (Jésus) était le
Prophète et serviteur d'Allahu taala.
AR RAD AL JAMIL LI ILAHIYAT 'ISA BI SARIH AL INJIL
UNE RÉFUTATION EXCELLENTE
DE LA DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST
D'APRÈS LE TEXTE MÊME DE L'ÉVANGILE
PAR
LE CHEIKH ABOU HAMID AL GHAZALI
Texte établi, traduit et commenté par Robert Chidiac, s.j.
TABLE DES MATIÈRES
1- PRÉAMBULE
............................................................................................................................................
3
2- DISCUSSION DES TEXTES ÉVANGÉLIQUES
.....................................................................................
10
3- LES THÉORIES ÉCHAFAUDÉES PAR
LES CHRÉTIENS ET LEUR RÉFUTATION ............................ 24
4- LES DIFFÉRENTES APPELLATIONS
DONNÉES À HADRAT ÎSA
..................................................... 34
5- DISCUSSION DE TROIS ARGUMENTS DES
CHRÉTIENS
................................................................. 38
6- L'EMPLOI DE LA « PAROLE » DANS LE
CORAN
...............................................................................
50
7- CONCLUSION
I - PRÉAMBULE
1 - Les positions chrétiennes sont inacceptables
AU NOM D'ALLAH MISÉRICORDIEUX ET COMPATISSANT!
Or donc, gloire à Allah et bénédiction sur
Muhammad « aleihissalâm », le meilleur d'entre ses
Créatures et ses familiers!
J'ai trouvé les théories des chrétiens sur leurs
croyances vraiment faibles, chancelantes et malaisées. Celui qui
y réfléchit est saisi de stupeur à la vue de tant
d'esprits qui y adhèrent, alors que lui-même ne peut, en
raison des obscurités qu'elles présentent, y saisir rien
de ce qu'il y cherche.
(*) Note. Les titres et une partie des sous-titres sont ajoutés
par nous pour la clarté.
Les chrétiens en cela s'appuient aveuglément sur la seule
tradition et retiennent, avec bec et ongles, le sens littéral
adopté par les Anciens, sans que nul parmi ceux d'aujourd'hui,
à cause de leur incapacité, n'entreprennent d'en
expliquer les points difficiles. Il s'imaginent que c'est cela
même la Loi révélée établi pour eux
par Hadrat 'Isa. Ils justifient leur adhésion par
l'autorité de textes considérés par eux comme
contraignants pour l'esprit, comme se refusant à toute
interprétation symbolique, et qu'il n'est pas aisé de
détourner de leur sens littéral.
Sur quoi, ces hommes se partagent en deux catégories. Dans la
plus nombreuse, ceux qui n'ont aucune pratique de la science qui
apprend à connaître et l'impossibilité de
l'impossible, dont on nie alors la possibilité d'existence, et
la nécessité du nécessaire dont on nie alors la
non-existence, et enfin la possibilité du possible dont on se
convaincFIXME, qu'aucun des deux termes opposés, l'existence ou
la non-existence, ne comporte d'absurdité. Tout au contraire, il
s'est formé, dès l'enfance, dans l'esprit de ces
personnes, certaines représentations qui ont fini par passer,
l'ignorance se prolongeant, à l'état d'habitude acquise.
Cette catégorie est difficile à guérir de son mal.
Pour ceux de l'autre catégorie, doués d'un minimum
d'intelligence et de connaissances scientifiques, tu les vois se tenir
respectueusement à distance et ne pas se permettre de scruter
cette doctrine. Ils s'en rapportent à l'autorité du
Philosophe sur l'union divine, car ils sont impressionnés des
conséquences d'une pareille doctrine à l'égard de
principes établis à qui mieux-mieux par tous les bons
esprits et ils esquivent la difficulté en se réfugiant
aveuglément dans la tradition pure et simple. Convaincus que le
Philosophe a pénetré les sciences les plus obscures et
les a rendues claires et apodictiques, ils croient qu'un tel homme
mérite qu'on s'en remette à ses déclarations et
qu'on suive son autorité dans les questions de croyances. C'est
pourquoi ils se tirent de la question de l'union divine en la ramenant
à celle du lien qui rattache l'âme au corps.
Si ces malheureux consultaient leur raison et cessaient d'être
menés par la passion et le fanatisme, ils s'apercevraient qu'ils
se sont écartés du droit chemin et qu'ils ont
abandonné les voies de la Vérité, et ce, pour
diverses raisons.
Ainsi, s'ils ont voulu suivre la méthode d'analogie, ils ont eu
tort. Car l'analogie consiste à ramener des cas particuliers
à un principe général, en raison d'un aspect
commun, sur lequel repose le jugement d'analogie. Mais quel aspect,
entraînant la réalité de ce lien (de l'âme
avec le corps) dont parle le Philosophe, a donc pu trouver le partisan
de cette théorie, qu'il puisse appliquer ensuite à
l'essence du Créateur pour justifier l'emploi de l'analogie?
De même, s'ils ne voient là qu'une manière de
comparaison et un exemple, ils se trompent également, car le
terme de la comparaison doit être connuFIXME, concevable, pour
que l'on puisse comprendre la comparaison elle-même. Or le
partisan de cette doctrine peut faire tous ses efforts pour trouver le
moindre indice qui l'éclaire sur la nature de l'âme(*) et
la nature de cette relation dont parle le Philosophe: il devra avouer
son impuissance à y parvenir. Comment peut-il alors user
d'analogie pour des réalités qui lui échappent?
De plus, une pareille analogie est de celles que le juriste ne se
permet pas, car c'est un cas d'analogie réprouvée, et
qu'on appelle analogie d'obscurité. On y cherche à
établir une proposition obscure en recourant à du plus
obscur ou bien à ce qui a besoin pour être lui-même
prouvé, d'un effort de réflexion, et qui n'est
déduit que par preuves elles-mêmes confuses. C'est le cas
pour l'âme (*) dont traite le Philosophe et dont on ne peut
concevoir l'existence que par des raisonnements compliqués et
peu évidents.
Si cette analogie n'est pas tolérée dans les conclusions
établies sur des raisonnements relativement faciles, comment y
recourir alors à propos de principes qui se rapportent à
l'essence de l'Être nécessaire (Wajib-ul wujud). Comment
justifier cet emploi, alors que l'idée qui fonde le jugement, si
on consentait à l'envisager, ne laisserait admettre pour Dieu
aucune relation avec l'essence d'aucun être humain, du genre de
celle qui lit l'âme au corps. Les philosophes disent en effet que
la condition requise pour qu'une âme (*) s'unisse à un
corps, est qu'il y ait entre les deux une certaine correspondance et
convenance en vertu desquelles le lien existe. Mais qu'Allah est loin
de tout cela!
D'ailleurs, à supposer même qu'on leur accorde ce qui
précède et que la relation à laquelle ils ont
recours soit philosophiquement concevable, ils n'en retireraient aucun
avantage et n'en seraient pas plus avancés pour établir
la divinité de 'Isa (aleihisselâm).
En effet, le Philosophe dit que le lien qui unit l'âme au corps
est une relation « de gouvernement » et que c'est en vertu
de ce lien que se produisent dans l'une et l'autre les impressions de
plaisir ou de douleur lorsque la puissance sensitive se trouve
affectée par ce qui convient ou la contrarie. Or il n'est pas
possible qu'on ait en vue pareil lien avec tout ce qu'il comporte et
tel qu'on vient de l'expliquer, car l'essence du Créateur ne
peut éprouver aucune impression de plaisir sensible.
(*) Dans le texte original, c'est le mot arabe "nafs" qui signifie: La
vie sensitive; vie; principe de la vie végétative et
sensitive; sentiment; être vivant, personne; esprit; substance;
désir, sensualité.
Il reste donc à prendre cette « relation de gouvernement
» en dehors de toute impression de plaisir sensible, mais cela ne
sert encore à rien, car le Créateur en
réalité gouverne chaque individu qui se trouve en ce
monde et exerce une fonction de gouvernement à l'égard de
toute créature.
2 - Les Miracles de Jésus Isâ (aleihissalâm)
Mais on dira peut-être qu'on veut parler ici d'une relation
manifestée par la dérogation aux lois ordinaires, comme
la résurrection des morts et autres choses pareilles, et que
cela indique bien ce que l'on a en vue.
AFIXME quoi il faut répondre qu'une telle relation qui met celui
qui la possède en état de déroger aux lois
ordinaires (de la nature) se retrouve chez d'autres que 'Isa
aleihissalâm.
En effet, eux-même reconnnissent que Mûsâ
aleihisselâm (Moise a transformé la verge en serpent. Or
la résurrection d'un mort qu'est-ce autre chose qu'un être
inanimé acquérant la qualité du vivant? Bien plus,
l'acte de Mûsâ aleihissalm (Moise) manifeste davantage le
prodige, car conférer la vie à ceux qui ne la
possède d'aucune manière, témoigne d'une plus
grande puissance que le rappel d'une chose à son état
premier. En outre, fendre la mer et en dresser les deux parties comme
une muraille gigantesque constitue un prodige inouïeFIXME. Et la
Thora à laquelle ils ajoutent foi, témoigne aussi que
Hadrat Mûsâ retira sa main couverte de lèpre,
blanche comme la neige, puis la ramena de nouveau à la couleur
de sa chair. Dans les livres des Rois et des Juges, qui comptent parmi
leurs livres vénérables et dont la lecture se fait dans
les églises, il est dit que Élie et son disciple
Élisée, ont ressuscité un mort. La
résurrection du fils de la veuve par Élie est
également admise par eux; de même, Hadrat
Yûshâ (Josué) arrêtant le soleil
jusqu'à ce qu'il se fût emparé de la ville de
Jéricho, est un prodige des plus rares.
Il y a en outre des prophètes qui n'ont pas été
chargés de mission (*). Quel empêchement à ce
qu'ils aient eu, eux aussi, une pareille relation à Allahu
ta'âlâ, à cela près qu'elle ne se serait pas
manifestée au dehors, puisqu'aucune mission n'est venue exiger
de telles preuves.
(*) Les Prophètes à qui Allahu taâlâ n'a pas
envoyé des livres sacrés, si bien qu' as n'ont pas de
sharia (religion). On les appelle Nébi
3 - La lèpre de Hadrat Mûsâ dans la Bible et le
Qoran.
Une question délicate sur laquelle il faut attirer l'attention,
c'est le passage du Coran: « porte ta main dans ton sein, elle en
sortira toute blanche, mais sans mal », alors que la Thora porte
« Wa Hosanna Yadou Masoura'eth Kal Sulaj », ce qui veut
dire en arabe: « Et voici que ta main est lépreuse,
blanche comme la neige ». La Thora parle nettement de
lèpre, alors que le Coran dit que sa blancheur n'est pas le fait
du mal.
Cela fait difficulté à un examen superficiel, mais celui
qui a l'esprit exercé n'a pas de peine à faire la
conciliation. Elle consiste en ce que la lèpre est un mal
produit par une indisposition qui provoque un épaississement des
humeurs, que la force transformante se trouve alors incapable de
ramener à la couleur de la chair. Or l'on sait que la blancheur
de la main de Mûsâ aleihissalâm n'a pas
résulté d'une indisposition. En effet, quiconque se
trouve indisposé de la manière que nous avons
décrite, est atteint de ce mal. Si la force transformante prend
le dessus, elle le supprime, mais alors ce qui faisait le propre du
prodige disparaît. (Dans notre cas) au contraire, la blancheur
était le fait d'un prodige extraordinaire, et le propre d'un
prodige extraordinaire est d'aller à l'encontre de ce qui est
habituel et accoutumé. C'est cela qui est indiqué par le
Coran quand il dit: « sans mal », c'est-à-dire que
Allahu taâlâ a donné à Hadrat
Mûsâ le pouvoir de rendre sa main lépreuse, sans mal
cependant, et de la ramener à la couleur de sa chair, sans le
secours, d'une force transformante, afin qu'ils (les Juifs) aient ainsi
le privilège de posséder des prodiges extraordinaires
accomplis par l'intermédiaire de Hadrat Mûsâ. Il n'y
a du prodige extraordinaire que l'effet qui se produit
séparé de sa cause habituelle et qui est seule à
le produire. Cet effet a été ensuite
désigné ici par la blancheur, qui est l'une de ses
propriétés. La conciliation est évidente.
4 - Confiance aveugle faite aux philosophes.
Ce qui va encore affaiblir la valeur de leur croyance (aux
chrétiens) sur ce point, c'est la doctrine du Philosophe,
concernant l'âme et ses relations (avec le corps), à
laquelle ils tiennent. Leur affirmation sur ce sujet n'a d'autre appui
que l'estime qu'ils ont pour les tenants de cette doctrine, alors
qu'ils sont eux-mêmes incapables d'en fournir la preuve.
Ils croient que ceux qui soutiennent cette théorie ont fait dans
les sciences des découvertes si profondes que l'esprit revient
bredouille sans avoir pu les saisir, en raison de l'obscurité de
leurs principes et de la difficulté de leur
démonstration. Celui qui en est là, pensent-ils, ses
paroles sont infaillibles.
Mais alors, quand on tient pareil langage, on devrait suivre
également le Philosophe quand il dit que le don de
prophétie peut être acquis; que le monde n'a pas eu de
commencement, et n'admet ni génération ni corruption, que
le Créateur ne connaît point les êtres particuliers
et que l'Un ne peut donner naissance qu'à l'Un, que le
Créateur de tout est Pure Existence et qu'il ne possède
dans son être ni connaissance, ni vie, ni puissance et bien
d'autres affirmations encore par lesquelles les philosophes ont
rejeté les règles édictées par les
législateurs religieux et ont contredit ouvertement les
Prophètes envoyés d'Allahu ta'âlâ.
Il est étrange de voir des chrétiens suivre des gens dont
les opinions ne permettent pas même de concevoir ce qui leur sert
à établir le privilège du fondateur de leur Loi.
Ces gens soutiennent, en effet, l'impossibilité de la formation
de l'enfant du seul sperme maternel, sans la participation du sperme
viril qui serait nécessaire soit simplement, selon leur
maitreFIXME, pour provoquer l'épaississement du premier, soit
pour entrer en composition avec lui, suivant l'opinion de Galien.
Si la passion et l'obstination qui nous poussent à ne pas
changer ce qui nous est devenu habituel, faisaient dire à
quelqu'un: « Pour ce qui vient d'être cité, on a
établi par des preuves que les philosophes se sont
trompés, mais pour le reste ils conservent l'estime que nous
leur portions! », à cela, il faudrait répondre que
celui qui apparaît tantôt dans l'erreur et tantôt
dans la vérité, tout ce qu'il dit reste susceptible
d'erreur comme de vérité.
Personne ne s'appuie sur l'autorité d'un pareil homme puisque
l'on ignore sur quoi il fonde ses affirmations, et que (par ailleurs)
il rejette derrière le dos les déclarations des
législateurs religieux; d'autre part, le croyant ne tient aucun
compte des passages obviesFIXME de son propre Livre où est
indiquée l'humanité du fondateur de sa loi; il ne fait
exception que pour les passages qu'il se refuse à
interpréter métaphoriquement et qui appuient ses
prétentions au sujet de la qualité divine, faisant en
cela, à l'esprit, une violence manifeste. Il existe pourtant,
dans l'Évangile des passages qui témoignent de
l'humanité pure et simple de 'Isa et d'autres qui
témoignent que lui attribuer la Divinité ainsi qu'ils le
prétendent, est chose impossible. Ces passages se rencontrent
dans l'Évangile qui est le plus évident pour eux, celui
de Jean, fils de Zébédée.
5 - Méthode du réfutation et Principes
d'exégèse.
FIXME
Je citerai un à un les passages de ce livre, en indiquant les
chapitres tels qu'il s'y trouvent, de peur qu'ils ne soient
contestés par eux, car leurs livres ne sont pas conservés
dans leurs coeurs. Mais avant de commencer à les citer, il me
faut exposer deux principes sur lesquels les exégètes
sont d'accord.
Le premier est que les passages qui se présentent, s'ils sont d'
accord avec la raison, doivent être pris dans leur sens
littéral. Si, au contraire, ils contredisaient l'évidence
raisonnable, il faudrait alors les interpréter: leur sens
littéral n'est pas celui qu'on a voulu exprimer et il faut alors
les ramener au genre métaphorique.
Le second principe est que s'il se rencontrait des assertions
contradictoires, les unes affirmant une vérité, les
autres la repoussant, on ne les laissera dans cette opposition
qu'après s'être senti impuissant à les concilier,
parce que la conciliation et effectivement impossible et qu'elles
n'admettent aucun accord de convergence vers une, signification commune.
Ceci admis, nous allons maintenant commencer par citer les passages qui
indiquent l'emploi métaphorique des termes que Hadrat 'Isa a
appliqués à sa personne, et qui pourraient faire croire
à sa divinité; puis les passages qui indiquent l'emploi
de la métaphore dans la question de l'unité avec Dieu'(),
comme sa déclaration « Moi et le Père, nous sommes
un », et « Celui qui me voit, voit le Père »
et encore « Je suis dans la Père et le Père est en
moi ».FIXME
Nous continuerons par des passages qui manifestent son humanité
pure et simple et nous les concilierons avec ceux qui ont
soulevé chez nos adversaires pour eux, des difficultés
devant lesquelles leur intelligence a abdiqué, impuissants
qu'ils furent à leur trouver une interprétation. Ils ont
ainsi versé dans l'aveuglement et l'égarement. Nous
dépenserons à tirer ces difficultés au clair, une
comme d'efforts suffisante pour que la Vérité luise
éclatante, dans toute sa splendeur et sa majesté.
(1) Nous traduisons ici le mot _~Lcè1FIXME par «
Unité avec Dieu » qui nous semble être dans le
mouvement de la pensée et plus expressif dans le contexte que
«Union-. Cf. aussi page 9 lig. 19. Pour bien faire il faudrait
mettre le mot grec «Îvoemç~»_cc teme..Iraduit
et intraduit une nuance &unification. Clest -Union» au sens
fort.
II - DISCUSSION DES TEXTES ÉVANGELIQUES
1 - Passages métaphoriques ayant trait à la
Divinité de Jésus.
a) Premier passage - « Moi et le Père sommes Un ».
Le premier passage est donné par Jean dans son Évangile
au chapitre 10: (*)
« Moi et le Père, nous sommes Un. Les Juifs
s'emparèrent alors de pierres pour le lapider. Il leur
répondit en disant: "je vous ai montré beaucoup de bonnes
oeuvres venant de mon Père. Pour laquelle de ces oeuvres me
lapidez-vous ?" Les Juifs répondirent: "ce n'est pas à
cause des bonnes oeuvres que nous te lapidons, mais à cause du
blasphème, car alors que tu es un homme, tu te fais Dieu." -
Jésus leur répondit: "N'est-il pas écrit dans
votre livre sacré [Thora] « J'ai dit : Vous êtes des
dieux. » - Si donc « elle a appelé "dieux" ceux
à qui la Parole a été adressée -et
«l'Écriture ne peut être anéantie - à
combien plus forte raison «celui que le Père a
sanctifié et qu'il a envoyé dans le monde!»
Nous répondons: Ce passage est en faveur de la thèse que
nous voulons établir à propos de la question de l'union.
Voici comment:
Lorsque les Juifs reprochèrent à Hadrat 'Isa sa
déclaration « Moi et le Père, nous sommes Un
», et c'est là proprement toute la question de l'union,
croyant qu'il entendait ces paroles « Moi et le Père, nous
sommes Un », dans leur signification littérale, et qu'il
serait ainsi réellement Allahu ta'âlâ, il
écarta leurs reproches, en déclarant qu'il parlait en
manière de métaphore. Puis il leur montra le fondement de
la métaphore leur proposant une comparaison. Il leur dit:
« Dans votre Thora, on vous a appelé dieux. Vous
n'êtes cependant pas réellement des dieux. Ce terme vous a
été cependant appliqué dans un certain sens et ce
sens est que la Parole vous a été adressée, et
moi, je partage cela avec vous. »
Nous trouvons aussi dans notre livre sacré, le Coran, quelque
chose de semblable. Le Maître des Prophètes a dit en
s'exprimant au nom d'Allahu ta'âlâ: « Ceux qui
veulent se rapprocher de moi, n'y arriveront jamais mieux qu'en
accomplissant mes préceptes. Puis mon serviteur ne cessera de se
rapprocher de moi par les oeuvres surérogatoire jusqu'à
ce que je l'aime. Et quand je l'aurai aimé, je serai pour lui
l'oreille par laquelle il entend, l'oeil par lequel il voit, la langue
par laquelle il s'exprime, le main par laquelle il accomplit des
exploits». (1) Or il n'est pas possible que le Créateur
soit proprement présent dans chacun de ces membres ou qu'IL soit
ces membres eux-mêmes. Mais le serviteur qui a fait tous ses
efforts pour obéir à Allahu taâlâ. Allahu
taâlâ lui donne force et assistance. Grâce à
cela il est mis en mesure de parler avec sa langue et d'accomplir des
exploits avec ses mains, et toute autre oeuvre enfin qui rapproche
d'Allah. C'est ainsi que celui qui donne à un autre de pouvoir
frapper de l'épée, alors que sans LUI il n'aurait pu le
faire, dirait: «Je suis la main avec laquelle tu frappes».
C'est là un genre de métaphore dont l'emploi est correct,
parfaitement licite et incontestable.
(*) C'est le hadith qu'Allahu ta'âlâ inspire dans le coeur
de Son Prophète Muhammad aleihissalâm et il le communique
à tout le monde.
(*) de sa réédition en 1981.
'Isa, d'ailleurs, a indiqué dans ce passage le sens de la
métaphore, en disant: « Parce que la Parole leur a
été adressée ». Or il est impossible qu'il
veuille entendre par Parole une expression matérielle
formée de lettres, mais plutôt, a-t-il voulu dire par ce
mot « Parole » un secret venant de Dieu, qu'il confie
à qui il veut d'entre ses serviteurs. Ce secret leur apporte
assistance pour supprimer l'obstacle qui les sépare de Dieu. Ils
en arrivent ainsi à ne plus aimer que ce qu'IL aime, à ne
hair que ce qu'il hait, à répudier tout ce qui lui
déplaît, à ne désirer que ce qu'IL
désire, en toute parole ou action qui conviennent à sa
Majesté (divine).
Quand, par la faveur divine, ils ont été amené
à cet état, ils réalisent en eux la disposition
fondamentale qui justifie la métaphore.
La légitimité de cette interprétation, par le
recours au sens métaphorique ci-dessus, est
démontrée par le fait que Hadrat'Isa lui même s'est
défendu de vouloir user, dans ce passage, du sens propre
exprimant l'union, en disant: « Combien plus celui que le
Père a sanctifié et qu'il a envoyé » ! Il
s'y est nettement proclamé Envoyé d'Allah est s'est
défendu de prétendre à la divinité comme
les Juifs l'avaient cru. Il s'est attribué, par contre, les
prérogatives des prophètes et la
supériorité de ce rang sur ceux qui ne le sont pas, par
ces paroles: « Combien plus celui qu'il a sanctifié et
qu'il a envoyé ». C'est-à-dire: «je partage
avec vous la disposition fondamentale qui justifie la métaphore
et je vous dépasse de tous les degrés et de la
prophétie et de la qualité d'Envoyé ».
En effet, si l'exemple qu'il leur a proposé n'écartait
pas d'une manière décisive le sens littéral que
les Juifs s'étaient imaginé, en cela il les eût
trompés et il eût égaré leur croyance. Or
l'erreur dans ce domaine conduit à la colère de Dieu, ce
qui ne convient pas aux Prophètes et aux Envoyés qui ont
charge de guider vers la Vérité. Car retenir la
lumière quand le besoin s'en fait sentir, n'est pas permis
à un Prophète. Comment en serait-il ainsi pour Hadrat
'Isa, alors qu'il est dit dans leurs livres (des chrétiens),
« qu'il a été envoyé pour le salut du monde
», enseignant ce qui doit être attribué à
Allahu taâlâ et ce qui, au contraire, répugne
à sa nature. Il serait, en effet, sauveur du monde, s'il leur
montrait quel est Allahu taâlâ à adorer. Si
c'était lui-même Allah qu'il faut adorer et qu'il les
eût détournés de cette croyance en leur proposant
la comparaison en question, il leur aurait ainsi enjoint d'adorer un
autre que lui et les aurait détournés de l'adorer
lui-même, étant toujours supposé que c'est lui,
Allah qu'il faut adorer. Ce serait là tromperie et supercherie
peu compatibles avec la qualité de celui dont on prétend
qu'il est venu pour le salut du monde, moins encore de celui qui du
milieu de la foule s'est levé comme conseiller et comme guide,
et qui, de plus, s'est réclamé de sa qualité
d'Envoyé (Prophète) d'Allahu ta'âlâ, avec
mission de guider et de conseiller.
Si l'on dit qu'il ne leur a proposé cette comparaison que pour
leur donner le change et pour détourner de sa personne leur
malice, nous répondons que la crainte des Juifs ne convient pas
à celui qu'ils prétendent être le Dieu de l'univers
et le Créateur des Êtres.
Je me demande ce que pourra dire encore l'adversaire après que
ces vérités auront luiFIXME à ses yeux plus
clairement que le lever du jour et comment il pourra, se refussant
à interpréter ce passage et autres semblables, continuer
à tâtonner dans la nuit, alors que le fondateur de sa
Religion l'interpréta lui-même le tout premier.
b) Deuxième passage - « Qu'ils soient un avec Toi comme
Nous ».
Jean, que nous avons déjà mentionné, l'indique
dans son Évangile au chapitre 37:
« Père Saint, garde-les dans ton nom que Tu m'as
donné "afin qu'ils soient un avec Toi comme Nous" ».
Ce passage est semblable à celui qui précède. Il
confirme que 'Isa aleihissalâm rejette le sens propre, en faveur
de la métaphore indiquée. La preuve en est que. 'Isa
Aleiliisselam Prie Allahu ta'âlâ pour ses disciples, afin
qu'IL les garde dans son Nom comme IL le garde lui-même et que
cette protection les conduiseFIXME à l'union divine. Puis
employant la Particule de comparaison, il dit: « comme nous
», c'est-à-dire que cette unité soit comme mon
unité avec toi. Si donc son unité avec Allah lui
conférait le droit à la Divinité, il s'ensuivrait
nécessairement qu'il aurait demandé pour ses disciples
d'être, des dieux. La seule pensée en est
déjà une honte, même pour qui rejette tout
contrôle de sa raison; combien plus pour celui qui a gardé
la moindre rectitude de pensée!
Tout le passage, au contraire, s'appuie sur la métaphore
indiquée, à savoir que 'Isa aleihissalâm a
demandé à Allah de déverser sur eux ses dons avec
les bienfaits de la sollicitude et de son assistance pour les guider
vers le but désiré par Lui et qui et seul digne de sa
Grandeur. Il en viennent ainsi à ne plus désirer que ce
qu'IL désire, à n'aimer que ce qu' IL aime, à ne
hair que ce qu'IL hait, à ne rien dire ni faire qui ne Lui
agrée et qu'IL ne souhaite voir arriver. Quand ils ont atteint
cet état, la métaphore employée devient alors
pleinement légitime.
La preuve du bien-fondé de cette explication c'est que celui qui
aurait un ami en parfait accord avec ses desseins et ses désirs,
de sorte qu'il aime ce qu'il aime, qu'il haisse ce qu'il hait, il lui
serait possible de dire: « Moi et mon ami nous sommes un ».
En outre, 'Isa a montré dans le même passage, que son
unité avec le Père était métaphorique et
que lui-même n'était pas vraiment Dieu. Voici ses paroles:
« Qu'ils soient Un avec Toi, comme Nous ». Il veut dire par
là: s'ils obtiennent de Toi une assitance qui les amène
à ne désirer que ce que tu désires, leur
unité avec Toi sera semblable à ma propre Unité
avec Toi, puisque telle est ma condition à Ton égard. Je
ne désire, en effet, que ce que Tu désires et n'aime que
ce que Tu aimes.
Pareillement ces autres paroles: « Père Saint, garde-les
dans ton Nom! », par lesquelles il implore pour eux Allahu
taâlâ qui détient entre ses mains (*) les bienfaits
et les maux. S'il avait été Dieu lui-même, il
aurait été capable de les garder sans implorer
l'assistance d'un autre et sans lui demander de les garder.
Combien admirables toutes ces indications où il nous
prévient de l'emploi du sens métaphorique et nous
détourne du sens littéral!
Une déclaration du même genre a été faite
par Paul dans la lettre qu'il a envoyée à Corinthe (*),
quand il eut compris la signification de ces passages; il dit:
« Celui qui s'appuie sur Allah devient avec Lui un seul esprit
». Cette déclaration montre qu'il y a vu le même
sens que nous, et compris que ces passages ne sont pas proposés
au sens propre.
(*) La puissance d'Allahu taâlâ. (*) Une ville de la
Grèce ancienne, près d'Athènes.
c) Troisième passage - « Je leur ai donné la
gloire.. afin qu'ils soient un comme nous sommes un ».
Jean le mentionne dans son Évangile, également au
chapitre 37:
« Sanctifie-les dans Ta Vérité. Ta parole, en
particulier, est la Vérité. Comme Tu m'as envoyé
au monde, je les ai aussi en envoyé au monde. Et je me sanctifie
moi-même pour eux, afin qu'ils soient eux aussi sanctifiés
dans la Vérité. Ce n'est pas pour eux seulement que je
prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin
qu'eux aussi soient un, que tous soient un, comme Toi, Père, Tu
es un en moi, et comme je suis en Toi, afin qu'eux aussi soient un en
nous pour que le monde croie que Tu m'as envoyé. Et moi je leur
ai donné la Gloire que Tu m'as donnée, afin qu'ils soient
un comme nous sommes un ».
Ce passage est très clair et corrobore ce que nous avons dit. La
preuve en est que Hadrat 'Isa a levé le voile de
l'équivoque et a indiqué le sens de la métaphore
par ces paroles: « Et moi je leur ai donné la gloire que
Tu m'as donnée, afin qu'ils soient un »,
c'est-à-dire que cette Gloire les rassemble dans leur dispersion
et fasse que dans toutes leurs actions ils rivalisent de soumission
à ton égard, aimant ce que Tu aimes, haissant ce que Tu
hais, désirant ce que Tu désires. Ils deviendront ainsi
pareils à un seul homme par la conformité de leurs
opinions, de leurs actions et de leurs croyances, comme nous sommes un,
c'est-à-dire comme je suis un avec Toi parce que Ta Gloire que
Tu m'as donnée a fait que je n'aime que ce que Tu aimes, ne
désire que ce que Tu désires, ne hais que ce que Tu hais,
ne déteste que ce que Tu détestes et qu'aucune action
enfin, ni aucune parole n'émane de moi, sans que Tu n'y
consentes ».
Sa condition à l'égard d'Allah étant ainsi
établie, il a indiqué ici que lui obéir,
c'était obéir à Allah, et qu'obéir à
Allah c'était aussi lui obéir. C'est là le propre
des prophètes envoyés d'Allahu ta'âlâ.
Puis mettant en pleine lumière le sens métaphorique, il a
ajouté: « Comme Toi, Père, Tu es en moi, et moi en
toi, afin qu'ils soient, eux aussi, Un en Nous », voulant dire
par là: « Si leurs paroles et leurs actions rivalisaient
pour être en accord avec ton désir, ton désir
étant le mien, nous serions tous par là comme un seul
être, en raison de la conformité de nos
volontés».
Il ne s'en tient pas là, par crainte que l'imagination trop
faible ne s'attachât à la lettre de ces passages, et il
déclare qu'il est un envoyé et dit: « Afin que le
monde croie que Tu m'as envoyé ». Il se fait plus
explicite encore et déclare: « Ce n'est pas pour eux
seulement que je prie, mais aussi pour ceux qui croient « en moi,
afin qu'ils soient tous un, comme nous sommes un », voulant
exprimer par là que son unité avec Allah n'entraîne
pas sa propre divinité ; sinon ce serait aussi le cas pour
l'unité des autres avec Allah, puisqu'il lui avait
également demandé de les rendre un avec Lui.
Admirons donc tout ce qu'il y a de beauté dans ce passage. Des
choses évidentes, qu'on déclare prendre dans leur sens
vrai ; d'autres qui ont un sens apparent mais on déclare que ce
n'est pas ce sens apparent que l'on a en vue, et tant d'autres
merveilles enfin dont nos (adversaires) se détournent au passage
! Que Dieu bénisse celui qui a dit: « Combien qui raillent
une parole vraie et dont le seul malheur est d'être faibles
d'esprit! Les oreilles de chacun n'en retiennent que ce qui est
à la mesure de ses aptitudes et de sa science».
Dans le même Évangile de Jean (*), on trouve le
témoignage que l'interprétation donnée plus haut
correspond bien au sens qu'on a voulu exprimer:
« Celui qui croit en moi, ne croit pas en moi seulement, mais en
Celui qui m'a envoyé, et celui qui me voit, voit Celui qui m'a
envoyé », ayant fait de la soumission à sa personne
la soumission à Dieu lui-même ; puis, se considère
comme chargé de manifester ce qui est en Allah, il dit: «
et celui qui me voit, voit aussi Celui qui m'a envoyé »,
c'est-à-dire: c'est moi qui manifeste réellement ce qui
est en Lui, j'ordonne ce qu'Il ordonne et je défends ce qu'IL
défend et toutes mes décisions émanent de Lui
». Or c'est là, la condition des Prophètes
fidèles.
Et ce qui montre encore de la façon la plus claire que ce n'est
pas le sens réel de ces passages que l'on a en vue, mais qu'ils
sont employés dans le sens métaphorique dont il a
été question, c'est que l'Évangéliste Jean,
fils de Zébédée, l'auteur de l'Évangile
auquel ces passages sont empruntés, l'un des disciples qui
comptent pour eux parmi les plus grands, au point d'être
appelé le Bien-Aimé du Maître, lorsqu'il eut
compris les acceptions indiquées et que ces passages
étaient détournés de leur sens réel vers le
sens métaphorique ci-dessus, Jean, dans sa prerniére
épitre que l'on trouve au livre des Actes, déclare ce qui
suit:
« Dieu, nul ne l'a vu. Si donc nous aimons les uns les autres,
Dieu demeure en nous et sa charité est parfaite en nous, et nous
connaissons que nous demeurons en Lui et que Lui aussi demeure en nous,
parce qu'Il nous a donné de son Esprit. Et nous avons vu et nous
attestons que le Père a envoyé son Fils "pour le salut du
monde" ».
(*) au chapitre 12 de sa réédition en 1981.
Il y a dit également:
« Celui qui confesse que Jésus est le fils de Dieu, Dieu,
demeure en lui et lui aussi demeure en Dieu ».
Ce disciple, vénérable à leurs yeux, a tenu ce
langage pour signifier la présence d'Allahu ta'âlâ
disant: « Et par là nous savons que, nous demeurons en Lui
et que Lui aussi demeure en nous ». Si donc ce disciple,
vénérable à leur yeux, avait compris que la
présence dont 'Isa aleihissalâm avait parlé dans
les passages précédents entraînait la
divinité, il se serait attribué la divinité
à lui-même et aux autres en disant: « Et par
là nous savons que nous demeurons en Lui et qu'IL demeure aussi
en nous ». En réalité, fis ne croient pas cela de
Lui, ni aucun des autres disciples et adeptes de Hadrat 'Isa, Il faut
donc qu'il ait compris ces passages dans le sens métaphorique
signalé par nous.
Autre preuve dans le fait qu'il a lui-même laissé entendre
le sens métaphorique par ces paroles: « En ce qu'il nous a
donné de son Esprit ». Il veut dire par là qu'IL
nous a prodigué de sa grâce et de sa perfection, par quoi
nous apprenons ce qui convient à sa Grandeur, Il nous a ensuite
assistés, pour que nous y conformions notre conduite de sorte
que nous ne désirions plus que ce qu'IL désire et que
nous n' aimions plus que ce qu'IL aime. On en revient ainsi de nouveau
à l'emploi du sens métaphorique indiqué.
Il reste cependant dans ce 3° passage des considérations
plus subtiles qu'on ne peut déduire que par l'exercice d'une
réflexion attentive. Ainsi, lorsqu'il dit (Hadrat 'Isa): «
je leur ai doné la Gloire que Tu m'as donnée »,
d'après le sens littéral, ce terme est pris dans son
acception totale, car Hadrat 'Isa a désigné d'abord la
gloire au sens courant du mot, puis l'a spécifiée en
disant: « celle que tu m'as donné », Il semblerait
qu'il désigne par là tous les éléments que
comprend la Gloire. Comme si quelqu'un disait: « J'ai
donné à un tel les dirhems que tu m'as donnés ou
le cadeau que tu m'as envoyé »: il semblerait
désigner la totalité (des présents). Mais si l'on
veut être impartial, l'on verra que ce n'est pas le sens propre
que l'on a en vue, car les éléments de la gloire qui lui
a été départie comprennent la qualité de
prophète et celle d'envoyé, avec tout ce qu'elle
comporte: rang, ascension au Ciel et puissance d'accomplir des
merveilles extraordinaires. Et toutes ces choses ne sont pas comprises
dans ce qu'il donne. D'où la nécessité de prendre
le terme dans une acception bien déterminée, autrement,
il faudrait le supprimer.
FIXME
Il reste donc que par le «don», il a voulu exprimer qu'il
leur communiquait la science ce qui convient à Allahu
taâlâ. Il demanda ensuite pour eux l'assistance toute
spéciale d'en haut, pour agir en vertu de cette science. Il dit
donc: «Sanctifie-les dans Ta Vérité», c'est
à-dire: «Moi je leur ai fait connaître ce qui
convient à Ta Majesté», et c'est là le role
des Prophètes-envoyés. «Guide-les maintenant toi
même, et assiste-les, afin qu'ils agissent «en
conséquence». C'est là le propre d'Allahu
taâlâ qui seul a le pouvoir de créer les actions
(humaines).
Si l'on dit: Pourquoi ne serait-il pas possible de comprendre dans la
Gloire qui lui a été donnée l'union qui lui a valu
d'être Dieu? (bien qu'il soit prouvé que ce n'est pas ce
qu'il a voulu dire et que cette union (spéciale) n'est pas
donnée, et qu'elle n'est donc pas visée malgré
qu'elle soit comprise sous le vocable général (de
gloire). Nous répondos: il y a de quoi pleurer sur une
argumentation aussi piteuse! La Divinité se prête-t-elle
donc à être donnée? Les gens de raison sont tous
d'accord sur une pareille impossibilité. Et y a-t-il là
autre chose qu'une pétition
de principe? sans le recours à aucune sorte de preuve en dehors
des significations littérales que nous avons déjà
expliquées et retirées dé leurs mains: Le
fondateur de leur religion les a d'ailleurs lui-même
interprétées, se défendant de les prendre d'une
manière absolue et de les employer dans leur sens propre.
2- Passages ayant trait à l'humanité de Jésus
[Isâ aleihissalâm]
Une difficulté de ce genre, en outre, ne se tranche pas par
simple
supposition et exige une argumentation par preuves solides, en
particulier pour un personnage dont la nature humaine est
évidente, clairement établie, avec tous ses tenants et
aboutissants et toutes ses notes «essentielles», comme
l'animalité, la parole, la fatigue, la faim, la soif, le
sommeil, la gestation dans le sein maternel, et la soufrance, d'
après ce qu'ils prétendent du moins, dans la Crucifixion,
où il a dit: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu
abandonné?» Or tout cela est contraire à la
Divinité.
a) Le figuier maudit.
Comment peut-on le nier d'ailleurs, alors qu'on trouve dans
l'Évangile de Marc ce qui suit:
«Et le lendemain, ils sortirent de Béthanie et il eut
faim. Et «il
aperçut de loin un figuier qui portait des feuilles. Il s'en
approcha pour y chercher des fruits, mais lorsqu'il s'en fut
approché, il n'y trouva rien d'autre que des feuilles, car on
n'était pas «au temps des figues».
-17-
Il a témoigné dans ce passage qu'il éprouvait la
faim et qu'il croyait les choses autrement qu'elles n'étaient,
car il crut que l'arbre portait des fruits, en quoi il se trompait; et
il crut que c'était l'époque des figues ou bien que
l'arbre avait porté des fruits en dehors de l'époque, des
figues, ce, qui dans l'un ou l'autre cas, était contraire
à la réalité.
On pourrait demander quel intérêt il y avait alors
à détruire cet arbre?
1 Nous répondons: il ne l'a fait que pour confirmer ses
disciples dans leur foi et pour les porter à multiplier des
oeuvres capables d' obtenir, (entre autres) de pareils effets. Les
prophètes et les saints, quand ils reçurent l'assurance
du paradis, ce fût celle d'un paradis entouré
d'éprouves rebutantes. Endurer la faim et l'accepter (de bonne
grâce) compte parmi les épreuves les plus rudes; or les
malheurs que l' on endure minent le rempart de la piété
chez les initiés, et. chez le vulgaire, entraînent la
perte d'un grand nombre. En leur montrant donc une pareille action
comme une conséquence des bonnes oeuvres, il les engageait eux
aussi à multiplier ce qui porte de tels fruits, mettait dans
leur coeur le mépris des misères de la vie et de ses
souffrances. Il montrait en outre que l'épreuve de la faim et de
la sauffrance envoyée aux Prophètes ne signifiait pas un
manque de considération pour leur personne ou leur
dignité, mais avait pour but de les tenter et de les
éprouver. Celui qui aura supporté l'épreuve avec
reconnaissance et soumission, sera capable d'accomplir de pareilles
choses.
Ce qui justifie encore cette interprétation, c'est le discours
de Hadrat 'Isa à Pierre dans la suite de ce passage; alors que
ce dernier lui avait dit: «Maître, ce figuier que tu as
maudit, s'est desséché» - «Si vous aviez de
la foi en Dieu, en vérité, je vous le dis, si quelqu'un
dit à cette montagne: ote-toi de là et jette-toi dans la
mer, et qu'il ne doute pas dans son coeur, mais croit que ce qu'il dit
se fera, il le verra s'accomplir pour lui».
Tout cela montre bien que le desséchement de l'arbre n'est qu'un
simple prodige, car il leur a conféré de pouvoir par la
sainteté, transporter les montagnes et les jeter dans la mer, ce
qui est plus considérable que de dessécher un arbre.
Il y a encore une autre chose de ce genre qu'il a
présentée dans l'Évangile et qu'il a
expliquée clairement.
C'est quand il a dit: «En vérité, en
vérité, je vous le dis, celui «qui observe mes
commandements fera les oeuvres que je fais et «de plus
-18-
grandes encore il fera».
Confirmation nous en est, d'ailleurs, donnée dans le passage
même que nous examinons où il est nettement question de la
faim et de la recherche d'un fruit sur l'arbre. Par là se trouve
également renversée l'affirmation de celui qui dit:
«Il n'a accompli ce prodige que pour montrer qu'il avait le
pouvoir de faire périr ce qui est vivant». Dans ce cas il
faudrait que l'auteur du passage évangélique ait menti
quand il dit. «Il eut faim» et quand il dit: «et il
s'approcha pour y chercher un fruit». Il a fait de ce
désir (de Jésus) la cause de sa démarche. - L'
explication qu'ils donnent est-elle vraiment autre chose qu'une
grossière aberration de leur esprit! Car il ne s'est
approché de l'arbre que pour y chercher un fruit. Comme celui
qui dirait: Ayant eu faim, j'aperçus un arbre et je m'y portai
pour y chercher un fruit N'y trouvant rien, par une malédiction
je la desséchai, afin que l'on comprit que je suis un dieu
capable de faire périr les vivants. Leur langage est celui des
gens bornés. Qu'Allah est loin de tout cela!
b) Quatrième passage- L'ignorance du «jour et de
l'heure».
Le quatrième passage est donné par Marc dans son
Évangile *«Quant à ce jour et à cette heure,
nul ne les connaît, ni les Anges qui sont au Ciel, ni le Fils,
seul le Père».
Il fait dans ce passage profession d'humanité pure,
écartant de lui la Science propre à la divinité,
et c'est là une des meilleures preuves de cette humanité
pure. Mais leurs divagations les a portés à entendre ce
passage, comme si les mots «Anges» et «Fils»,
faisaient partie d'une même énumération avec le
«jour» et «heure». Ce qui reviendrait à
dire: «Quant à ce jour et à cette heure, ainsi que
les Anges et le Fils, nul ne les connaît, si ce n'est le
Père.»
De tels esprits sont bien étonnants, comment n'ont-ils pas senti
que les attributs divins, même s'ils ne sont pas établis
par des preuves solides, ne laissent pas cependant d'apparaître
clairement. Considère donc combien est forcée cette
interprétation qui choque rien qu'à l' entendre et
combien d'expressions évidentes elle contredit. En outre, quand
le partisan de cette théorie se trouva acculé et qu'on
lui eût demandé quel mot dans ce passage posait une
interrogation sur les Anges et le Fils, pour permettre une
réponse pertinente, il recourut au
(6) «celui qui me croit, que je suis le Prophète
envoyé par Allahu taâlâ et qui fait mes
commandemants fera les prodiges que je fais».
Au chapitre 13 de son édition en 1981.
-19-
mensonge -et dit: Hadrat 'Isa a compris qu'on l'interrogeait sur les
Anges et le Fils et a répondu sur les deux à la fois.
De plus, l'auteur de cette interprétation y a eu recours pour ne
pas dénier à Allah la science qu'il faut lui attribuer,
mais l'interprétation qu'il donne tombe dans la même
difficulté, sauf qu'elle suppose en Allah une ignorance plus
grande encore.
Et voici qui le prouve: S'il considère «Fils» et
« Anges» comme énumères avec
«jour» et «heure», le sens serait alors:
«Quant à connaître l' «heure»
même, ainsi que la nature du Fils et des Anges, le père
seul le peut».
Or, Isâ aleihissalâm (Jésus) quand il emploie le mot
«Fils» se désigne lui-même, et quand il
emploie le mot «Père» il désigne Dieu.
Voilà donc ramenée cette même ignorance qu'ils ont
voulu écarter, mais plus grande encore, car d'après le
sens littéral du passage cité, Isâ
aleihissalâm s'était défendu de posséder la
connaissance de Meure exacte, et dans cette interprétation, il
se serait défendu de connaître et l' Heure exacte et sa
propre nature et la nature des Anges. Quels esprits étranges que
ceux-là! L'homme sage doit remercier Allah de l'avoir
gardé d'un pareil déréglement, il n'a que
dérision pour qui voulant écarter une moindre ignorance,
arrive à en affirmer une plus grande.
Il est donc clair que s'écarter du sens obvie de ce passage est
pure divagation? Il serait indigne d'un homme de perdre son temps
à s'en occuper.
c) Cinquième passage: « Celui que tu as envoyé,
Jésus-Christ [Isâ alchissalâm].
Le cinquième passage est donné par le même Jean,
dans son Évangile, au chapitre 37:
«Ayant dit cela, Jésus leva les yeux au Ciel et dit:
Père «l'heure est venue, glorifie ton Fils afin que ton
Fils te glorifie. «Comme tu lui as donné autorité
sur toute chair afin qu'il donne «la vie éternelle
à tous ceux que tu lui as donnés. Et ceci est «la
Vie Éternelle qu'ils te connaissent comme le seul Dieu
véritable «et celui que tu as envoyé,
Jésus-Christ».
Dans ce passage, il attribue au Christ la qualité
d'envoyé, or cette qualité ne peut se rapporter à
l'humanité Christ, car (il faut dire ici) Que le Christ est un
terme qui désigne chez eux l'ensemble d'une substance
composée de divinité et d'humanité.
Si quelqu'un prétendait que ce terme (de Christ) n'est pas pris
en
-20-
rigueur, la phrase ci-dessus ne serait pas correcte alors, et serait
contredite par l'impossibilité d'user d'une pareille tournure
dans le langage ordinaire. Ainsi de dire: «J'ai vu de
l'encre», alors qu'on veut signifier le sulfate de fer en tant
que tel et indépendamment de sa qualité d'encre, ne
serait juste d'aucune manière.
Et encore, à supposer qu'on ait pu démontrer que la
langue de l'Évangile a cette particularité de pouvoir, en
exprimant le tout, signifier seulement la partie. Le ferait-on, il
resterait que ce que nous avons dit constitue une réponse
suffisante, en raison de la ressemblance de cette langue avec l'arabe.
Et si on ne le faisait pas, l'objection tomberait d'elle-même et
point ne serait besoin de la réponse donnée.
Isâ aleihissalâm, d'ailleurs, corrobore lui-même cela
par ses paroles: «Afin qu'il donne à tous ceux que te lui
as donnés, la vie éternelle». Puis expliquant la
«vie éternelle», il dit: «Et la vie
éternelle, «c'est qu'ils te connaissent comme le seul Dieu
véritable et Celui «que tu as envoyé,
Jésus-Christ». Il a attribué par là à
Allahu taâlâ la divinité et l'unicité et
s'est déclaré lui-même son envoyé.
Pareillement la déclaration de Paul l'Apôtre, à son
sujet, lorsque, décrivant la résurrection, il dit:
« Alors le Fils se soumettra à celui qui lui a soumis
toutes choses». Il attribue au Fils la soumission à Allahu
ta' âlâ lors de la Résurrection et c'est là
fait des esclaves qui soumis à la majesté divine. Il
attribue, d'autre part, à Allahu taâlâ, la puissance
de soumettre toutes choses à sa majesté, et c'est
là le fait d'Allahu taâlâ.
Paul dit aussi dans son épître adressée aux
Éphésiens: «Je ne cesse de rendre grâces pour
vous et de faire mémoire de vous dans mes prières, afin
que le Dieu de Notre Seigneur Jésus - Christ, le Père de
gloire, vous donne l'esprit de sagesse et de connaissance». Il
exprime clairement ici que le don est sollicité du Dieu du
Christ Jésus et ayant dépeint Dieu comme le Père
Glorieux, il le déclare le Dieu du Christ, ce nom
désignant chez eux la troisième essence.
Il a fait les mêmes déclarations dans le livre des
Épîtres, en disant:
«Dieu est l'unique. Et le médiateur entre les hommes et
Dieu, c'est l' I homme Jésus-Christ». Un texte
évangélique dit clairement à son tour:
«N'appelez personne maître sur terre, vous «n'avez
qu'un seul maître, le Christ; et n'appelez personne père
«sur terre, vous n'avez qu'un seul père, celui qui est
dans les «Cieux». Il établit une distinction
d'altêrité, car Isâ aleihissalâm
(Jésus) s'y attribue J'exclusivité de l'enseignement sur
terre, et attribue à Allah la paternité exclusive. Dans
son langage, quand il emploie le terme «Père», c'est
Allah qu'il veut désigner. Il aurait ainsi décrit Allah
comme étant unique. Parlant ensuite de l'
élévation d'Allah (au-dessus de toute chose), il a
ajouté: «Vous n'avez
-21-
qu'un père celui qui est les cieux». Ce passage est
donné par Mathieu dans son évangile, chapitre 76.
Il est en outre surprenant de les voir nier sa soumission (à
Allahu taâlâ) qui exclut (de lui) la divinité, alors
qu'il a dit lui-même, lors de la résurrection de Lazare,
après avoir levé les yeux au Ciel: «Père, je
te remercie parce que tu m'écoutes, et je sais que tu
m'écoutes en tout temps, mais à cause de cette foule ici
présente, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé».
Ce passage est donné par Jean dans son évangile. 'Isa
aleihissalam a dit aussi, la nuit où il fut crucifié,
comme ils le croient du moins: «S'il est possible que ce calice
s'éloigne de moi! » en implorant Allah. De même
encore ce qu'il a dit quand il fut en croix, toujours suivant leur
croyance: «Eloi, Eloi, lama sabakhtani?» Paroles qui sont
en araméen et dont le sens est: «Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m'as Tu abandonné?»
Quel Dieu ce peut-il être là, qui doute ainsi que ce
calice puisse passer loin de lui, qui élève la voix pour
demander à Dieu pourquoi il l' a abandonné, puis qui
établit une distinction entre sa volonté et la
volonté de son Dieu en disant: «Non pas ce que je veux,
mais ce que tu veux»! - Ces paroles se trouvent rapportées
dans l'évangile de Matthieu. Il distingue également entre
lui et son Dieu en disant: «Que votre coeur ne se trouble point,
croyez en Allah et croyez en moi». Ces paroles sont citées
dans l'Évangile de Jean au chapitre 32 (21 de sa
réédition en 198 1). Puis il a rendu encore plus nette
cette distinction, en disant au chapitre 7 de cet Évangile:
«Celui qui écoute ma parole et croit en Celui qui m'a
envoyé, aura la vie éternelle». Il a ainsi
déclaré qu'il était envoyé par un autre, et
l'on sait que celui qui envoie est autre que l'envoyé. Il a
ensuite donné comme condition de la vie éternelle de
croire en Celui (Allahu ta'âlâ) qui l'a envoyé et
d'écouter les paroles par lesquelles lui-même nous
renseigne sur Allah. Et c'est là, exprimées clairement,
les qualités des Prophètes et des envoyés d'Allah.
Ces qualités sont manifestes, elles ne peuvent échapper
à personne, sauf à l' aveugle qui ne saurait voir la lune.
d) Sixième passage: «Moi, un homme qui vous ai dit la
Vérité».
Sixième passage que donne aussi Jean dans son Évangile eu
chapitre 21:
«Jésus leur dit: Si vous étiez des enfants
d'Abraham (aleihissalâni), vous «feriez les oeuvres
d'Abraham, mais maintenant vous voulez me «faire mourir, moi un
homme qui vous ai dit la vérité que j'ai «entendue'
de Dieu», et dans le même chapitre également.
«J'ai «encore beaucoup de choses à dire à
votre sujet et à juger. Mais «celui
-22-
qui m'a envoyé est vérité, et ce que j'ai entendu
de lui, c'est «de cela que
je parle dans le monde», et encore au même chapitre:
«Car je n'ai point parlé de moi-même, mais parce que
le «Père qui m'a envoyé m'a prescrit lui-même
ce que j'avais à dire «et à proférer. Et je
sais que son
commandement est la vie éternelle. Et ce que je dis, je les dis
suivant ce que le Père m'a prescrit de dire
Dans ce passage, il a affirmé son humanité par ces
paroles: «Moi, un homme qui vous ai dit la vérité
que j'ai entendue d'Allah, c'est-à-dire: «Je suis un
homme». Et il a déclaré qu'il était
envoyé et qu'il ne faisait que ce qui lui était prescrit,
par ces paroles: «Je vous ai dit la vérité que j'ai
entendu d'Allah», et par ces paroles: «D'après ce
que le Père m'a prescrit, je parle». L'Apôtre Paul a
montré également sa qualité d'Envoyé pur et
simple, en disant dans son épître aux Hébreux:
«Considérez cet «Envoyé, le
grand-prêtre de notre foi, Jésus-Christ,
qui a la confiance de celui qui l'a envoyé et qui est comme
Moise dans toute sa maison». Il déclare par là que
Jésus est l'un de leurs Pontifes et
qu'il est envoyé par un autre et qu'il a sa confiance. L'Apotre
le représente ensuite semblable à Moise dans toute sa
maison, c'est-à-dire les communautés auxquelles il a
été envoyé, ainsi qu'il ressort de ses
paroles dans la suite du texte, où l'auteur parlant de 'Isa
aleihissalâm, écrit: «C'est nous la
communauté des croyants qui sommes sa maison».
Ayant donc établi que «Toute sa Maison» veut dire sa
propre
nation, le sens du passage cité est alors: «Et il est
semblable à Mûsâ dans sa nation». C'est
là une déclaration de sa qualité d'Envoyé
pur et simple.
Dans la même épïtre on trouve aussi ce qui en
éclaire le sens. L' auteur en effet y dit: «Il faut que
chaque maison soit construite par quelqu'un, mais celui qui a construit
toute chose, c'est Dieu», voulant dire par là que chacun
de ces deux envoyés a été un don fait à sa
nation, mais qu'en vérité l'auteur de tout don, c'est
Allahu ta'âlâ. Cette interprétation trouve un appui
dans l'Évangile et c'est: «Je suis la vraie vigne et mon
Père est le «planteur» de tout sarment en
moi». Jean donne ce passage au chapitre du Paraclet(').
Ajoutons que dans la langue d'où a été traduite
l'épître en question, «l'homme de confiance»
veut dire le «Serviteur» dé celui qui l'a
créé.
-23-
3 - Considérations sur le-sens du mot «Hulûl»
le privilège theopathique spécial à Jésus
[Isâ aleihissalâm].
Ici doit intervenir une considération: c'est que l'emploi du
langage métaphorique que nous venons d'étudier,
c'est-à-dire l' usage du terme de «hulul» et de
l'expression «Moi et le Père nous sommes Un», n'a
nullement été concédé, ni au fondateur de
notre religion révélée (Muhammad
aleihissalâm) ni à aucun autre d'entre les musulmans. Mais
que, d'autre part, Jésus (Îsâ aleihissalâm),
lui aussi étai; le fondateur d'une religion
révélée, et que chaque religion
révélée jouit de privilèges qui lui sont
particuliers. Or, comme Hadrat isâ, lorsqu'il usait de -ces
termes, s'est dégagé en proposant (aux Juifs) une
romparaison, du soupçon de les entendre suivant leur sens
littéral, il demeure prouvé qu'il avait bien
été autorisé par Allah à en user librement
et à recourir à ce style métaphorique.
Il en est de même pour l'emploi des termes de
«paternité» et de filiation» et nous
mentionnerons l'acception qui le porta à les employer.
4 - Récapitulation
Je me demande alors quelle excuse invoquera l'adversaire, alors que
'Isa aleihissalâm affirme lui-même son humanité,
qu'il se dit envoyé, et soumis, et tout ce qu'il fait à
ce qui lui est commandé, et alors qu'il interprète
lui-même métaphoriquement les versets
Précédents dont le sens littéral
entraînerait l'union (divine): tantot il écarte ce sens en
invoquant devant les Juifs l'exemple qui a été
donné, tantôt il déclare clairement qu'il est un
envoyé; ailleurs il implore Allahu taâlâ dans
l'attitude de l'esclave soumis; il en sollicite les bienfaits pour ses
disciples, en disant: «Garde-les dans ton Nom que Tu m'as
donné», et: «Sanctifie-les par ta
Vérité».
III. - LES THÉORIES ÉCHAFAUDÉES PAR LES
CHRÉTIENS ET LEUR RÉFUTATION
Quand l'adversaire se trouve ainsi acculé par les
difficultés, tu le vois, alors, changer comme un
caméléon, trouve-t-il un texte indiquant
l'humanité, fi le rapporte à la nature humaine;
rencontre-t-il un sens littéral pour lequel il est incapable de
trouver une explication, il l' apporte à l'appui de la nature
divine! Considère donc comment Allah, a aveuglé celui qui
fait de son Allah tantôt un homme et tante un Dieu. Combien
Allahu taâlâ est loin au-dessus de ce qu'ils disent! Mais
24
c'est cela qu'il nous faut maintenant réfuter, sans eh
négliger les inconvenances et les invraisemblances. Nous disons
donc:
1 - Les Jacobites
lis croient que Allahu taâlâ a créé
l'humanité de Hadrat'Isa, puis y est apparu en s'unissant
à elle et ils entendent par «Union» ceci: qu' Allah
a eu avec cette humanité une connexion semblable à celle
de l' âme et du corps. Ensuite de cette connexion est sortie une
troisième substance, distincte, de chacune des deux
premières, composée de nature divine et de nature
humanie, douée de tous les atributs de l'une et de l'autre, en
tant qu'elle est à la fois Dieu et homme. En établissant
cette substance, ils sont tombés dans des absurdités
blasphématoires qu'ils auraient mieux fait de tenir
cachées. Mais le sot, s'il manque de vergogne, en arrive
à dire tout ce qui lui plait! Ils ont ainsi attribué
à
cette substance tous les caractères essentiels de l'homme, avec
tous ses tenants et ses aboutissants (toutes les conséquences et
tous les antécédents de son essence), et tous ses
attributs, ainsi que tout ce qui est requis pour la nature de Dieu et
tout ce qui lui répugne et tant qu'il est Dieu. Ils ont
affirmé enf in que cette substance était
différente de chacun des deux éléments, quoi
qu'elle eût en commun avec l'un et l'autre tout ce qui a
été mentionné.
C'est le langage d'un homme dénué d'intelligence!
Cette substance est celle qui est désignée par eux sous
le nom de Christ, et c'est là un égarement très
grand et un abandon de la vérité évidente.
Vraiment, ils ressemblent, comme on dit, à celui qui
s'étant mis à la recherche d'un étalon en
état de gestation se prend, de guerre lasse, à rechercher
des oeufs de coq!
En effet, Us ont voulu établir entre l'essence divine et
l'essence de Hadrat Isa, une connexion pareille à celle qui
relie l'âme au corps. Ne pouvant y arriver, ils ont
invoqué comme argument la simple possibilité logique,
sans le secours d'aucune raison qui entraîne l'assentiment. Mais
comment peuvent-ils prétendre prouver l'existence d'une chose
qui, en fait, est impossible et qui ne peut exister d'aucune maniere?
Qu'il s'agisse d'une chose impossible, la preuve en est que l'
existence de toute substance composée dépend de
l'existence de ses parties et de leur combinaison dans un rapport
déterminé. Elle a ainsi besoin pour exister de
l'existence de ses parties composantes. Et chacune de ses parties, pour
être ce qu'elle est, c'est-à-dire partie, avec ses
qualités de partie, entrant dans une composition
spéciale, a besoin de s'adjoindre d'autres parties. Or,
l'hypothèse ici est que l'une des parties de cette substance est
la nature divine, l'autre étant la nature
-25-
humaine, et c'est cette dernière qui confère à la
nature divine d'être partie et d'entrer en composition
spéciale, en s'adjoignant à elle comme partie, puisque
c'est par cette opération qu'a été obtenu
l'ensemble dont nous avons parlé.
Ainsi la nature divine aurait besoin de la nature humaine, ce qui est
impossible et manifestement erroné. Si encore on ne veut pas
signifier par «composition» une composition par
compénétration, union ou juxtaposition! Si c'est quelque
chose de ce genre que l'on avait voulu dire, l'égarement, serait
plus pernicieux encore. On dira peut-être également, avec
certains esprits stupides, que la nature de ce composé nous
échappe. A cela, nous répondrons qu'abandonner les
principes d' une saine raison pour en appeler à de
l'inintelligible, c'est proprement sottise et faiblesse d'esprit.
Nous ajoutons: il est clair que si Allahu ta'âlâ a
créé cette nature humaine, puis s'y est manifesté
en s'unissant à elle, il Lui est donc survenu, après
cette création, un attribut nouveau, à savoir celui de s'
unir à cette nature humaine et de se manifester en elle. Or nous
disons: si cet attribut est un attribut nécessaire, il ne peut
être qualifié de contingent (1); s'il était
seulement contingent, on ne pourrait l'attribuer au Créateur,
car les attributs du Créateur sont tous nécessaires,
En effet, toute chose dont la non existence entraîne une
contradiction, existe nécessairement. Or, quant aux attributs de
Dieu, leur non existence entraînerait nécessairement une
contradiction manifeste.
On pourra objecter: «Si cette conclusion
s'imposait, la création du monde serait impossible, bien plus
celle d'une seule créature, car si Allahu taâlâ
créait une seule créature, il Lui surviendrait un
attribut nouveau, a savoir sa qualification par sa création, et
voilà ainsi ramenée la précédente
contradiction».
on y répond que cela ne s'ensuit d'aucune manière, car ce
qu'on veut signifier en disant qu'Allah est Créateur, c'est
qu'IL décrète la création de toute
éternité et cet attribut est en Lui de toute
éternité. Quand donc IL crée une créature,
la science qu'il en a au moment de sa création et la puissance
qu'IL a de la produire à ce moment, sont l'une et l'autre en Lui
de toute éternité. Il n'y a donc de produit dans le temps
que l'existence de la créature et cette existence n'est pas un
attribut qui se
(1) Nous traduisons par «contigence» le mot arabe pour
plus. de commodité. Le sens des deux mots est d'ailleurs
très voisin et à l'origine c'était bien la
signification du Latin «contingere».
«Muffikin-ul-yujud»: qui peut exister ou ne pas exister.
-26-
trouve dans l'essence divine, mais dans l'essence de la
créature. Quant à la relation de l'existence à
l'action de la puissance divine sur elle, au moment où elle est
créée, cette relation rentre dans la catégorie des
«Rapports et Relations». Or les rapports comme les
relations ne sont pas des réalités existantes. Ainsi le
fait d'être au dessus ou au-dessous, d' être Père ou
fils. Ce sens est clair, tandis que ce qu'ils prétendent plus
haut ne l'est pas: en effet, si la divinité s'unit à la
nature humaine, cette union serait un attribut appartenant à
l'essence divine. Comme Allahu taâlâ est bien loin de cela!
Mais supposons même l'existence de cette substance En faire alors
une troisième substance distincte de chacune des natures divine
et humaine, revêtue de tous les attributs nécessaires
à chacune d'elles, de toutes les conséquences, de tous
les antécédents, de tous les attributs de la nature de
l'homme, en tant qu'il est homme, d'une part, et de l'autre de tout ce
qu'il faut attribuer à Dieu comme Dieu, de tout ce qu'il faut en
écarter comme incompatible avec la divinité, pareil
langage est contradictoire et personne ne peut prétendre
à le prouver.
La preuve en est que l'on ne qualifie une chose parun attribut que si
cette qualification est possible. Cela établi, on ne peut
appliaquer tout ensemble à cette substance les lois de la nature
divine et de la nature humaine; car tout ce que requiert la nature
divine en fait d' attributs et autres prérogatives, qui Lui sont
propres en tant qu'elle est divine, et qui la distinguent du reste,
tout cela si la troisième substance la possédait aussi,
il s'ensuivrait qu'elle devrait se confondre avec cette nature divine
elle-même. Il faudrait en dire autant de la nature humaine, car
cette troisième substance est commune aux deux natures,
participe à toutes les conséquences, à tous les
antécédents de chacune de ces deux natures, à
toutes les propriétés qu'elles possèdent en tant
qu'elles sont nature divine et nature humaine, selon ce qui a
déjà été dit.
En effet, ceci posé, si l'on établissait par ailleurs la
distinction entre ces substances, il s'ensuivrait qu'on attribuerait
à quelque chose toutes les notes essentielles à l'homme,
constitutives de sa substance, avec tous ses accidents
nécessaires et tous ses accidents distinctifs, et l'on
supposerait pourtant que c est une substance différente de la
substance humaine. Quelle évidente absurdité! En effet,
si tous les éléments essentiels à l'homme et qui
le constituent, si tous les accidents qu'il possède en tant
qu'homme, se trouvaient réunis dans un sujet, ils lui
conféreraient nécessairement la nature humaine et ne
permattraient d'y admettre aucun caractère étranger.
Sinon, elles ne lui appartiendraient pas en tant qu'homme,
conformément à l' hypothèse. Ce serait là
une contradiction.
-27-
Par ailleurs, si cette troisième substance était une
nature divine parfaite, elle aurait les attributs de la nature divine
parfaite. Or, parmi ces attributs de la divinité parfaite, il y
a celui de n'être point composée, partie de
divinité et partie d'humanité. Car il s'ensuivrait alors
nécessairement que l'essence divine aurait besoin de l'homme
pour exister, et qu'elle serait précédée dans
l'existence et par lui et par elle-même. Ceux qui ne sont pas
frappés par des erreurs aussi manifestes tiennent une
vérité aussi fabuleuse que le Griffon!
Si l'on venait à dire: cette critique vaudrait si nous dotions
cette troisième substance de tout ce que réclame la
divinité, attributs et le reste, et de ce qui rentre dans la
nature humaine, prise comme substance. Mais si nous appliquons à
chacune des natures humaine et divine, les caractères et
attributs qui lui appartenaient avant la composition, pourquoi
contestez-vous que cela soit possible?
Nous répondons: Ces qualifications, nécessaires à
chacune des deux natures, en tant que divine et humaine, prises en
dehors de l'état de composition ne peuvent s'appliquer à
cette troisième substance. En effet, ce serait là
spécifier un élément séparé, en tant
que séparé. Mais si l'on considère ces
qualifications dans le composé, il n'est plus possible qu'elles
aient toutes subsisté après la composition. Car si tout
ce qui est requis pour chacune des deux natures séparées
en tant que telle, leur était demeuré après leur
composition, il faudrait que la troisième substance le
possède aussi, et l'on ne peut échapper alors à
l'absurdité mentionnée, à savoir que la
troisième substance soit identiquement la nature divine et la
nature humaine, car elle partagerait avec elles deux tout ce qui est
requis pour chacune d'elle, en tant qu'elle estDieu et en tant qu'elle
est homme.
Il est donc établi, par ce que nous venons de dire, qu'il n'est
pas possible de doter cette troisième substance des attributs
nécessaires pour chacune des natures divine et humaine, soit
qu'on les considère à l'état de composition, soit
qu'on les considère à l'état séparé.
Ce sont là des considérations très subtiles. Il
faut les bien comprendre. Celui de nos adversaires qui ignore la nature
du composé, pense qu'il peut échapper aisément
à cette absurdité. Il croit qu'il échappera
à ces difficultés par des comparaisons. Mais ces compara
sons ne valent pas pour le problème en question. Il dira: On s'
entend à attribuer à l'homme la corporalité la
sensibilité, la croissance, le changement, la mortalité,
la localisation dans l'espace; on lui attribue aussi le langage, la
perception de l'universel et de l'individuel ainsi que l'intellection
et bien d'autres choses encore qu'il faut rapporter à
l'âme. Or tous ces caractères ne sont pleinement
-28-
l'on considère à part le corps, et l'âme en tant que
Ce radotage est manifestement sans portée dans le cas qui nous
occupe ici. Ils croient que la troisième Substance est à
la fois homme
arfait et Dieu parfait, et que tout ce qui appartient à l'homme
Lui appartient, et pareillement tout ce qui est de Dieu. Il faudrait
donc un
exemple qui réponde exactement à cette doctrine. Pour
cela il faudrait démontrer qu'il est exact de dire de l'homme
qu'il est une forme séparée, qu'il n'est point un corps,
ni vivant dans un corps, ni circonscrit dans un lieu, qu'il est
éternel, soustrait à la mort. Car ici ils font appel
à la philosophie. Il leur faudrait ainsi attribuer à
l'homme ce qui est attribué à l'âme en tant
qu'âme, puis lui attribuer également le contraire,
c'est-à-dire ce qui est attribué au corps animé en
tant que corps, et dire alors que c'est un genre naturel que l'on
trouve réalisé
dans des individus, divers par définition et par essence et
qu'en même temps c'est seulement une partie du genre et au'il est
localisé, mobile, corruptible. A mon avis, celui qui s'obstine
à doter la troisième Substance de toutes les
contradictions ci-dessus, celui-là n'est pas loin de nier la
nécessité logique elle-même et d'être
contraint d'admettre cela même qu'il nie. Y a-t-il, en effet, une
différence! Il est surprenant, vraiment, d'être
aveuglé sur des questions aussi claires. Et si l'on y croit
malgré leur incohérence, l'aberration est encore plus
grande!
Si l'on dit: Tout cela s'imposerait si le composé dont nous
parlons, était par compénétration et
mélange. Mais nous entendons
par la composition de cette substance une composition morale qui
revient à une relation morale entre la nature divine et la
nature humaine.
La réponse est que nous avons déjà montré
l'inutilité. d'une pareille relation, pour le but qu'ils
poursuivent, Id relation fût-elle générale ou
limitée.
2 - Les Melkites
La théorie ci-dessus' au sujet de la troisième Substance
est
attribuée au système Jacobite. Quant aux Melkites, ils
ont une théorie pire que celle-là. Tu jugeras par
toi-même, en l'entendant exposer, combien les opinions de ces
communautés Allah a égaré par elles des
gens qu'il a voulu égarer, en les enfonçant dans leur
coeur et dans leur esprit.
Nous disons donc: ils croient que la nature humaine-et la nature
divine en Jésus, sont deux natures distinctes et qu'il n'y a
entre elles ni mélange ni compénétration, mais que
chacune d'elles garde tous les
-29-
attributs qui Lui sont propres. Ils croient que le Messie est une
hypostase de la nature divine seulement, laquelle est une substance
simple, tirée des deux natures mentionnées et unie
à l'homme universel.
Considère donc l'incohérence de ce langage et son
absurdité, et comment Allah 1'a suggéré à
l'esprit de ceux qu'il veut égarer et *tourner de la
vérité manifeste. Ils considèrent ainsi la
substance divine comme issue à la fois de la substance de
l'homme et d'elle-même, puis ils Lui attribuent une union avec
l'Homme Universel, alors que l' Homme Universel n'a pas d'existence
hors de l'esprit. Elle serait donc unie à ce qui -n'a pas
d'existence objective, et il découlerait nécessairement
d'une théorie aussi honteuse que le Crucifié
lui-même serait Dieu! Loin d'Allahu taâlâ pareille
chose.
Nous pouvons tirer de l'opinion qui vivent d'être
mentionnée, le syllogisme suivant:
Le Christ a été crucifié;
Or rien de ce qui à été crucifié n'est Dieu;
Donc rien du Christ n'est Dieu.
Ils ne peuvent nier la majeure, car pour eux, la substance du Christ
n'est pas composée, et ce à quoi elle est unie n'a pas
d'existence réelle hors de l'esprit.
Cela reviendrait d'ailleurs à dire que le Christ crucifié
possède une relation à l'Homme Universel qui n'existe que
dans l'esprit. Mais cela n'écarte pas la difficulté
à laquelle ils ont été acculés.
En effet, nous avons déjà montré que les relations
n'ont pas d' existence propre. En outre, alors même que nous leur
reconnaîtrions l'existence, ce ne serait point là pour eux
une échappatoire car, ni aux relations, ni à l'Homme
Universel, on ne peut attribuer la crucifixion, ni la douleur.
Si l'on dit: Mais l'espèce universelle naturelle a une existence
objective,
nous répondons: Si c'est cela qu'on veut dire, il faudrait alors
qu' Allah soit uni à chacun des hommes.
Si l'on répond: Ce que l'on veut exprimer ici, c'est le
privilège particulier de la portion d'humanité prise par
Jésus, en prescindant de ses notes individuelles qui le
distinguent des autres hommes,
nous répondons: c'est là une considération toute
conceptuelle qui n'a aucune réalité objective. De plus la
réalité de cette portion ellemême est
conditionnée par l'existence de ses notes individuelles. Cela
revient donc à l'union avec un homme individuel. Nous
réfuterons
-30-
cette Opinion sous peu.
En outre, si l'on s'imaginait que cette substance divine est
tirée de la substance humaine et de la substance d'Allah
lui-même, il s' ensuivrait nécessairement que la cause qui
a actualisé cette substance divine avec tous les attributs qui
lui revenaient alors des deux autres substances, aurait
précédé dans l'existence cette même
substance divine, ornée de tous les attributs mentionnés,
et donc l'existence de la substance divine ainsi qualifiée
serait précédée par l'existence de la substance
humaine, comme aussi par sa propre existence. Or, les attributs
d'Allahu taâlâ sont des attributs nécessaires et
sont possédés de toute éternité par son
essence. Mais l'une des substances qui est la condition de l'existence
de la substance divine en possession des attributs mentionnés,
se trouve être une substance humaine dont la, création
dans le temps est chose indiscutable. Comment serait-elle alors
condition de ce qui existe de toute éternité?
Tout cela si l'on entend l'expression «issue de» dans ce
sens que l'essence divine a acquis un nouvel attribut en créant
l'humanité. Mais si l'on voulait dire que les deux substances
sont condition de l'existence même de l'essence divine, ce serait
là le langage d'un être dénué de raison.
Cette théorie est celle de leurs anciens. Quant aux modernes,
ils disent identiquement la même chose, sauf pour l'union. Ils
disent, en
effet, que le Messie possède une union avec un homme
particulier. Chez les deux partis, le «Christ»
désigne l'hypostase de la substance divine seulement. Et cette
substance est pour les deux partis également une substance
simple, tirée des deux autres substances, à savoir la
substance de Dieu et l'humanité de Jésus. De plus ils
s'accord - ent à dire que chaque substance subsiste avec tous
ses attributs, sans mélange ni fusion, mais que chacune d'elles
continue à garder son essence propre.
Quant au Christ qui est l'hypostase de la substance divine seulement,
ils déclarent qu'il a été crucifié. Ce
second parti aboutit ainsi inévitablement aux mêmes
difficultés auxquelles le premier a été
amené.
Pour les premiers, il en a été clairement question plus
haut; Quant aux seconds, comme ils déclarent que le Christ est
l'hypostase de la substance divine seulement, et comme ils croient que
cette substance divine n'est pas composée, et qu'il n'y a entre
elle ét la substance humaine aucun mélange ni fusion, et
comme ils affirment avec cela sa crucifixion, il faut donc
nécessairement que le Crucifié soit Dieu lui-même.
Si l'on dit: chacun des deux partis affirme qu'il y a union. Pourquoi
donc la crucifixion ne se rapporterait-elle pas à l'autre terme
de l'union?
-31-
Nous répondons: Cette théorie, ils ne peuvent
l'établir en aucune manière. Les anciens, parce que
l'autre terme de l'union n'a de réalité que dans l'esprit
et parce que la substance de Hadrat Isâ (du Christ), pour eux,
n'est pas composée. Les modernes, eux, disent aussi la
même chose. L'union chez eux, à un homme particulier,
revient à une relation, et il est surprenant de les voir
attribuer la crucifixion au Christ, alors qu'il est l'hypostase de la
substance divine, seulement.
Ils reconnaissent ensuite que cette union n'est pas
compréhensible dans sa nature, Comment est-il donc permis
à un homme raisonnable d'attribuer la crucifixion au Hadrat
Isâ qui est l'hypostase de la substance divine seulement, et de
se déclarer parailleurs ignorant de la nature de cette union,
alors que l'on s'était basé sur la connaissance que l'on
en avait, pour rapporter la souffrance à l'Homme et de se garder
de l'attribuer à Allahu taâlâ!
Le plus fort en tout cela, c'est ce recours à ce dont on ignore
la nature, alors qu'il s'offre issue toute indiquée pour
échapper à cet aveuglement. Quelle excuse invoque-t-il
donc celui qui s'imagine s' attacher au sens littéral, à
cause des passages indiquant l'union ou à cause des prodiges
accomplis par la main de Isâ aleihissalâm? C'est l' aveu
d'une ignorance qui est de nature à voiler la
vérité.
Mais celui qui ignore les postulats de la Science et n'y trouve point
une lumière pour le garder de l'erreur, en vient facilement
à soutenir de pareilles théories.
Pour l'union, nous avons déjà dit qu'elle s'appliquait
à d'autres que Hadrat 'Isa, et nous l'avons établi de la
manière la plus claire. Quant aux prodiges accomplis par ses
mains, par voie de demande et de prière, on en a reconnu de
semblables chez d'autres que lui parmi les prophètes. Comment
d'ailleurs le nierait-on? Il implore et prie pour ressusciter Lazare
quand, ayant levé les yeux au Ciel, il dit:« Père,
je te rends grâce parce que tu m'exauces, et je sais que tu
m'exauces en tout temps, mais a cause de cette foule présente
afin qu'ils croient que tu ni' as envoyé». Il demande
à Allahu taâlâ, qui seul peut l'acorder, de
sanctifier ses disciples et de les garder, en disant:
«Sanctifie-les dans ta vérité, et garde-les en ton
Nom que tu m'as donné». Et encore il prie et implore, ne
sachant s'il pourra échapper à la Croix, lorsqu'il dit:
«Si c'est possible que ce calice s'éloigne de moi.
Cependant non selon ma volonté, mais selon la tienne».
C'est lui qui implore à son Allah et lui demande pourquoi IL l'a
abandonné, il dit: «Eloi, [mon Allah] pourquoi mas tu
abandonné?» Il se défend de posséder la
connaissance qui appartient à Allah seul, en disant:
«Quant à ce jour et à cette hure... ni le Fils,
mais le Père seul». Il proclame ouvertement sa
qualité d'homme
-32-
et d'envoyé en disant: «(Moi), un homme qui vous ai
parlé de la Vérité que J'ai entendue d'Allahu
taâlâ Il conforme ses jugements à ce qui lui est
ordonné: «Je parle suivant que le Père m'a
prescrit».- A lui, il est rendu témoignage par la bouche
d'un de ses principaux disciples, qui fait son éloge pour les
prodiges que Dieu accomplissait par ses mains: «Jésus de
Nazareth est cet homme qui a paru au milieu de vous accomplissant les
prodiges et les signes que Dieu opérait par lui».
Puisque telle est sa condition, comment un homme raisonnable peut-il
recourir à ce dont il ignore la nature, alors qu'il lui serait
facile de comprendre, et comment repousse-t-il ce qui est suivant la
raison et la tradition?
3 - Les Nestoriens
Quant aux Nestoriens, ils disent que l'union a eu heu dans la
volonté. C'est là un langage vague qu'il faut
Préciser. S'ils veulent dire par là que la volonté
de 'Isa (aleihissalâm) est conforme à la volonté d'
Allahu taâlâ pour les cinq catégories d'actes, ne se
séparant d'elle en rien de ce qui est prescrit ou
défendu, ni en ce qui est recommandé, condamné ou
permis, cela est vrai aussi de tous les prophètes et même
des saints qui ne sont cependant pas au rang des prophètes.
Mais s'ils veulent dire au contraire que toute chose sur laquelle se
porte la volonté divine, la volonté de Hadrat Isâ
s'y porte également, c'est une erreur qu'un homme raisonnable ne
saurait même concevoir, encore moins tenir pour une croyance.
En effet, comment avoir pareille prétention, alors que la
volonté divine avait résolu, d'après eux, la
crucifixion de Hadrat Isâ, crucifixion que lui ne voulait pas,
à laquelle sa volonté se refusait. A preuve sa
prière, où il demande à Allahu taâlâ
d'écarter cela, ne lui disant: «Si c'est possible, que ce
calice s'éloigne de moi, cependant non selon ma volonté,
mais selon la tienne»! Il y exprime clairement la divergence
entre les deux volontés. De même sa plainte douloureuse
lorsqu'il s'informait du motif par ses paroles: «Eloi [mon
Allah], pourquoi, m'as-tu abandonné?» qui montrent bien
que ce motif, il l' ignorait.
-33-
En outre celui qui ignore ce que sera un événement,
comment sa volonté peut - elle en désirer
l'accomplissement ?
Or, l'on sait que la volonté de Hadrat Isâ, a
désiré que tous les enfants d'Israel se mettent à
sa suite et se rallient autour de la vérité. C'est
là d'ailleurs le cas de tous les Prophètes chargés
de guider les peuples. Or, la volonté d'Allahu taâlâ
n'avait point le même objet, mais l'objet contraire, puisqu'en
fait le premier ne s'est pas réalisé! De même pour
l'Heure: La volonté divine a décidé qu'elle
viendrait à un moment déterminé, alors que
Isâ aleihissâlâm ignore quel est ce moment
fixé. Comment peut-il donc y attacher sa volonté? De
plus, il s'est dirigé vers le figuier. La volonté divine
a voulu qu'il s'y dirigeât alors que l'arbre ne portait pas de
fruits; mais Îsâ aleihissâlâm, lui, s'y est
dirigé, ignorant le véritable objet de cette
volonté divine. Pareils faits sont nombreux. Qu'on les cherche
aux endroits où ils sont. Nous nous abstenons ici de nous y
étendre, uniquement parce que c'est chose facile à
trouver.
IV. - LES DIFFÉRENTES APPELLATIONS DONNÉES À
HADRAT ÎSA
1 - Ilâh - Le cas de HalIaj-i Mansur
Cette secte, on le sait, attribue à Hadrat Îsâ le
nom de Dieu (Ilâh), Son but est-il de le magnifier en
considérant que le terme «Dieu» se dit de tout ce
qui est grand, ou bien veulent-ils signifier par là proprement
sa divinité ?
Dans ce dernier cas, l'aveuglement de cette secte dépasserait
celui de toutes les autres, et ce qui les fait choir dans de telles
difficultés, c'est leur attachement à un
littéralisme que la saine raison affirme absolument
étranger aux intentions de l'auteur. D'ailleurs combien ne
trouve-t-on pas dans toute religion révélée de
sens apparents qui s' opposent à la saine raison, mais que les
docteurs de cette religion ont expliqués allégoriquement?
C'est dans des difficultés de ce genre que sont tombés un
certain nombre de personnages illustres, dont l'un a dit: «Gloire
à moi», l' autre. «Que je suis grand!», et
Hallaj: «Je suis Dieu!», «Dans cette tunique, il n'y
a que Dieu!» Cela a été mis de leur part sur le
compte des états mystique qui restreignent le contrôle du
langage, au point que l'on a pu dire: «Ceux là sont ivres!
et les propos des gens ivres, on les tait et on les rapporte
point». Cela s'impose parce que la saine raison déclare
impossible que le sens littéral soit voulu par l'auteur.
De plus ils ont l'air de s'encouragerà mercher dans un chemin des
-34
plus étroits, au point de devenir la risée des railleurs
sans que nul tressaillement de solidarité ne dresse personne
pour les défendre. Une porte de sortie, cependant et une
échappatoire leur seraient données, s' ils le voulaient,
pour sortir du mauvais pas où ils se sont mis. Pourquoi, en
effet, choisir ce qui offusque la raison, quand il est possible d'
entendre le texte dans un sens correct 7
2 - Rabb
Pour l'emploi du mot «Holûl», nous l'avons
déjà élucidé. Quant au mot
«Rabbi», Seigneur, c'est un terme commun à la fois
à Allahu taâlâ et au propriétaire d'une
chose. On dit le «Rabb» d'une maison, le «Rabb»
d'un bien. Enfin le mot «Ilâh», (Dieu), est
employé chez eux pour tout ce qui est grand. Îsâ
aleihissalâm dit en effet, dans l'Évangile:
«Vous avez été appelés, dans votre religion,
des «dieux (Alihat)» cela en s'adressant aux Juifs; et l'on
trouve dans les Psaumes: «Je vous ai appelés des dieux et
vous êtes tous des fils du Très-Haut»; et Allah,
dans la Thora, dit à Mûsâ: «Je t'ai
établi dieu pour Pharaon et ton frère Aaron sera ton
envoyé». De plus on applique le nom de Dieu (Ilâh)
à quiconque est adoré - à tort ou à raison.
Vraiment celui qui est engagé dans un chemin impraticable, s'il
trouve l'occasion d'en sortir, sa persévérence dans
l'erreur est de l'aveuglement.
Paul a donné toute cette explications dans la seconde lettre au
chap. IX de ses épîtres, d'une manière qui ne
laisse subsister aucun doute, sauf pour celui qui aurait perdu ses deux
guides, la Raison et la Science. Il dit donc:
«Il n'y a d'autre divinité que Dieu seul, quoiqu'il y ait
différents êtres sur terre et au ciel qui s'appellent des
dieux; et alors qu'il y a beaucoup de dieux et beaucoupde seigneurs,
nous n'avons nous qu'un seul Dieu, qui est Dieu le Père, de qui
viennent toutes choses et nous sommes en Lui, et un seul Seigneur, qui
est Jésus-Christ, qui tient toutes choses en ses mains, et nous
sommes nous aussi en sa puissance».
Cette démonstration est vraiment admirable! Il y met en
lumière comment les termes «Dieu» et
«Seigneur» s'appliquent également au Dieu
(véritable) et à d'autres qui n'ont aucun droit à
être adorés. Puis, il attribue au Dieu adoré la
qualité de Créateur, qui a droit à être
adorés. Puis, il attribue au Dieu adoré la qualité
de Créateur, qui à droit à l'adoration, et il fait
dériver de Lui l'existence de toute chose en disant: «De
qui est toute, chose et nous, nous sommes en Lui». Il
déclare ensuite que c'est là le vrai Dieu (Allahu
taâlâ) et il chante sa louange en proclamant son
unicité par ces paroles: « Pour nous, nous
-35-
ne reconnaissons qu'une seule divinité, et c'est Allahu
taâlâ». Il dénie à tout autre le droit
à la divinité, en disant: «îl n'y a de
divinité que Lui seul»! Il a désigné
après cela le Messie, en lui donnant le nom de
«Rabb», Seigneur, dont nous avons expliqué
l'ambiguité, l'employant (lui) aussi au sens de «
Propriétaire», comme l'indique le fait qu'il ne lui
prête aucun des attributs d'Allah dont il vient de parler mais
seulement une main «possédante» (la puissance de
posséder) dont c'est le propre d'être attribuée au
possesseur.
Toutes ces indications sont admirables. L'homme intelligent n'a pas de
peine à les saisir et à les admettre. Je voudrais bien
savoir de quelle manière cette Loi religieuse a
été établie sur des absurdités aussi
grossières! L'ignorance les a entraînés, ainsi que
l'insolence à l'égard d' Allahu taâlâ, de ses
Prophètes, ces guides du peuple, des Saints, ses intimes,
jusqu'à forger dans leur esprit des fables qu'ils se sont
racontées, les uns aux autres. Ainsi, ils sont d'accord pour
dire que les enfants d'Adam ont été punis du fait de la
désobéissance de leur premier père; et que tous
les Prophètes et les Saints ont été
précipités en enfer. Ensuite que leur Dieu leur a promis
de les racheter; qu'il les a payés d'une rançon
généreuse; mais que la parfaite
générosité chez celui qui rachète, consiste
à se livrer soi-même. Or, comme son essence est simple, et
ne saurait ainsi souffrir dommage ni peine, Allah s'est uni à
l'humanité de Hadrat 'Isa. Cette humanité à
laquelle il s'est uni a été ensuite crucifiée, et
sa crucifixion est la cause du salut des prophètes et des saints
et de leur délivrance de l'enfer! Oui, mon Allah, que Tu
délivres de tels gens égarés!
3 - Les noms de «Fils» et de «Père»
Quand à vouloir attribuer, comme ils le font, à Allahu
taâlâ la Paternité et la Filiation à 'Isa
aleihissalâm, dans l'espoir d'y trouver quelque avantage, ou
d'établir une propriété qui entraînerait le
privilège en question, en fait fi ne leur sert de rien. La
preuve en est que dans la Thora (Tavrat), au contenu de laquelle ils
ajoutent foi, il est dit: «Israël, mon fils
ainé»; et aussi. «Dis à Pharon que si tu
n'envoies pas mon fis ainé adorer dans le désert, je
tuerai ton fils aîné», voulant désigner par
là le peuple d'Israel. Or, leur nombre était alors
600.000, sans compter les femmes et les enfants. Voilà comment
s'exprime la Thora.
Dans les Psaumes de David -David d'après eux ne s'exprime dans
ses Psaumes que sous l'inspiration divine- on trouve aussi. «Vous
êtes tous les fils d'Allahu taâlâ»! Et Hadrat
'Isa s'est appliqué ce même langage, à lui et aux
siens, en disant: «Je monte vers mon Père et votre
Père, mon Allah et votre Allah». Croire encore que
l'auteur de
-36-
ces paroles puisse être Allah, c'est vraiment s'égarer
loin de l'évidente vérité.
En outre il a appliqué ce langage à ses seuls auditeurs,
lorsqu'il dit dans l'Evangile de Luc.
«Ne coupez l'espérance de personne, votre
récompense sera grande et vous serez les fils du Très
Haut, car il est miséricordieux envers les non-misericordieux et
les méchants; soyez vous-même miséricordieux comme
votre Père.»
Son disciple Jean a usé du même langage quand il eut
compris le sens métaphorique que nous allons indiquer. Il a dit
en effet dans son Épître: « Celui qui
reconnaît que Jésus est le Messie celui-là est
né de Dieu». Le sens dans lequel il a employé cette
métaphore, tout en certifiant qu'il ne l'entendait pas dans son
sens littéral, est qu'un Père est par nature porté
à une grande tendresse, clémence, miséricorde et
pitié envers son fils, qu'il est attentif à attirer sur
lui toutes sortes de biens et à en détourner toutes
sortes de maux, qu'il s'efforce de la guider dans les chemins du
bonheur, qu'il le pousse de s'y engager, qu' il s'empresse de le
prémunir contre ce qui aboutit au châtiment à l'
infamie, à quelque dommage persistant ou à quelque
aveuglement d' esprit qui lui voilerait la cause de dommage plus grand
dans l'avenir. Voici la nature du père, telle que nous la voyons.
Quant au fils, sa nature est d'être respectueux envers son
père, déférent à son égard, plein de
retenue en sa présence, docile à ses ordres, les
accueillant avec des marques de révérence et de respect,
n'y contrevenant point, se tenant à ce qu'il lui prescrit et lui
défend.
Or, pour Allahu taâlâ, si l'on considère sa
bonté envers tout être,
sa miséricorde et sa compassion à son égard, les
biens qu'il lui promet et les maux qu'il écarte de lui, la
révélation qu'il lui fait enfin de ce qui convient
à sa majesté, les moyens qu'il lui donne de s'en
acquitter, alors, en regard de cela, ce que fait un père de la
terre, apparaît bien insignifiant et méprisable.
D'un autre coté, la respectueuse attitude des prophètes
envers Dieu, leur retenue avec Lui, leur docilité à ce
qu'IL commande, leur soumission à ce qu ~II défend, leur
révérence à son égard est chose plus
admirable que la conduite des enfants envers leur père. Dieu est
ainsi pour eux le plus miséricordieux des pères et ils
sont pour lui les plus
pieux des fils. C'est là le sens profond de la métaphore
lorsqu'on emploie ces termes. Donc, lorsque Hadrat 'Isa use de la
métaphore en appliquant le mot «Père»
à Allahu taâlâ, le sens en est qu'Allah est
miséricordieux et bienveillant à son égard; et
quand il s'applique à lui-même le mot «Fils»,
le sens en est qu'il est plein de profond respect et
-37-
de révérence pour Allah. C'est ainsi également
qu'il faut entendre ses paroles, quand il exhorte à ne pas oter
l'espérance. Il veut dire «SI VOUS Lui
obéissez en tous ces préceptes, Il vous traitera comme le
père traite son enfant». C'est aussi le sens des paroles
de son disciple: «Celui-là est né de dieu...»
Voilà donc le mystère de ces expressions que les
Prophètes avaient pénétrées. Aussi leur
fut-il permis de le faire passer dans leur langage, se fiant à
l'intelligence de celui que son discernement saurait préserver
des imaginations trompeuses. Et voici maintenant que les
Chrétiens eux-mêmes en viennent à employer ce terme
couramment. En effet, s'ils voient un religieux ou un prêtre, ils
lui disent: «Notre Père», alors qu'il n'est pas
réellement leur père. Mais ils ont, dans l'esprit, en
recourant à cet emploi, ce que nous avons indiqué,
c'est-à-dire qu'ils assimilent, pour ses sentiments de
compassion, le prêtre à un père, et qu'ils
s'assimilent eux-mêmes, par le respect qu'ils lui portent,
à des fils
David, lui aussi, a exprimé dans ses Psaumes ce que nous avons
signalé. Il dit: «Comme un père est compatissant
envers ses enfants, de même le Seigneur se montre compatissant
envers ceux qui le craignent».
Il suit de ce que nous avons dit que le terme de «Fils»
attribué à 'Isa ne contient aucune particularité
qui le mette à part des autres.
L'Évangile lui-même confirme clairement cette
interprétation par ces paroles: «Il leur a donné le
pouvoir de devenir fils de Dieu», c'est-à-dire il leur a
donné de pouvoir bénéficier des dispositions
indiquées cidessus et qui dérivent de la
Paternité, suivant l'explication fournie.
V - DISCUSSION DE TROIS ARGUMENTS DES CHRÉTIENS
1 - Le Prologue de Jean et la doctrine Trinitaire
Voici la finale qui est parmi les arguments (1) les plus forts sur
lesquels ils s'appuient pour établir la divinité d''Isa
aleihissalâm. Jean l'a placé au prologue de son
Évangile qui débute ainsi: «Au commencement
était la parole, et la Parole était en Dieu, et la Parole
était Dieu. Il en était ainsi au commencement en Dieu
«Tout était en
(1) L' ctement l'idée qui est contenue ici et
que
arabe dit Zà~ Pour rendre exa précise le contexte il
faudrait dire: « Le passage précédent est l'un de
ceux qui fait le plus de difficulté à leurs yeux et sur
lequel ils s'appuient etc ... » Nous avons traduit, comme nous le
ferons encore plus loin, par «argument».
-38-
Lui et sans Lui rien n'était de ce qui est...»,etc...
jusqu'à la fin, oÙ il dit: «Et la Parole s'est
faite chair et elle a habité parmi nous et nous avons vu sa
gloire».
Le début de ce passage n'a aucun rapport avec
l'établissement de la divinité de Hadrat 'Isa. Ils
tiennent, en effet que l'essence du Créateur est une dans son
substrat, mais qu'elle possède différents aspects. Si on
la considère déterminée par un attribut dont
l'existence ne dépend pas de l'existence antérieure d'un
autre attribut, comme il en est par exemple pour l'Existence
elle-même, c'est ce qu'ils appellent «la personne du
Père».
Considérée sous le jour d'un attribut dont l'existence
dépend de l' existence antérieure d'un autre attribut,
comme nous apparaît la Science (en effet attribuer la Science
à une essence, suppose qu'on lui a d'abord attribué
l'existence de cette essence), c'est cela qu'ils nomment la personne,
du Fils ou l'a Parole.
Si on considère enfin cette essence en tant qu'elle est connue
d' elle-même, c'est cela qu'ils appellent la Personne du Saint
Esprit.
Le Père comporte donc la notion d'existence, la Parole ou le
Fils, celle de Connaissant, le Saint Esprit, le fait que l'essence du
Créateur est connue. Voilà le contenu de cette
terminologie. L'essence divine serait donc Une dans son substrat, mais
qualifiée par chacun de ces attributs.
D'autres disent que l'essence divine, considérée en tant
qu'essence et prescindant de tout attribut, représente pour eux
l'Intellect pur et c'est ce qu'ils appellent la personne du
Père. Considérée comme se connaissant
elle-même, elle correspond pour eux à la notion du
Connaissant et c'est ce qu'ils appellent la personne du Fils ou la
Parole. Considérée enfin en tant que connue par
elle-même, c'est la Personne répondant à la notion
du Connu et qu'ils appellent Esprit-Saint.
Suivant cette terminologie l'Intellect représenterait seulement
l' essence divine et le mot «Père» et serait le
synonyme. Le Connaissant
serait çette essence en tant que se connaissant elle-même:
«Fils et Parole» en seraient les synonymes. L'intellection
serait la Divinité en tant que son Essence lui est pleinement
connue et l'exprimerait par le terme «Saint-Esprit».
Il est bien établi d'après cette double terminologie, que
la Parole c'est l'essence dotée de Science et d'Intelligence; et
de même le Fils. Parole et Fils sont donc une Personne qui
correspond à Connaissant et Intelligent. Ainsi les paroles
«Au commencement était la Parole»
signifient: «Au commencement était le Connaissant»
et la phrase: «Et
-39-
la parole était en Allah» signifie: «Et le
Connaissant n'a pas cessé d'être un attribut
d'Allah», c'est-à-dire qu'Allahu-taâlâ a
toujours possédé cet attribut. Ici le mot
«était» est employé dans le sens de
«n'a pascessé d'être».
Les mots: «Et la Parole était Allah», veulent dire:
«Cette Parole, représente le Connaissant, et ce
Connaissant est Allah».
Les mots: «Et cela était aucommencement en Allah»
veulent dire: «L'objet de cette considération,
c'est-à-dire le Connaissant qui est désigné par la
Parole, n'ajamais cessé d'être un attribut d'Allahu
taâlâ. Il est Allah, en outre, caril a été
dit de lui: «Et la Parole était Allah» afin
d'exclure la supposition de qui croirait que le Connaissant
désigné par la Parole est autre qu'Allahu
taâlâ.
1 Telle est leur croyance quant aux Personnes divines et telles sont
les paroles du commantateur de leur Évangile au début de
ce chapitre. Si les idées sont justes, peut importent la
terminologie et les conventions du langage Or il est clair
d'après leurs explications même que le début de ce
chapitre ne peut fournir aucune indication pour la divinité de
Hadrat 'Isa.
Il reste dans le chapitre deux passages obscurs où le pied peut
trébucher. Le premier, où il est dit: «Il y eut un
homme envoyé par Allah qui s'appelait Jean. Celui-là est
venu pour le témoignage, pour porter témoignage à
la lumière afin que tous croient par lui. Et il n' était
pas la lumière, mais il devait porter témoignage à
la lumière, qui est la lumière de la,
Vérité, qui éclaire tout homme venant dans le
Monde. Dans le monde elle était et le monde a été
fait par elle et le monde ne l'a point connue».
Nous disons: Ce qui est décrit dans ce passage comme
étant toujours dans le monde et par lequel le monde a
été fait, c'est soit l' humanité,
considérée, à part de la divinité, ou dans
son union avec elle; soit la divinité en tant que
divinité ou dans son union avec l'humanité,
c'est-à-dire, son apparition en elle; soit enfin une
troisième Substance. Or tout cela est faux, à l'exception
de la divinité en tant que divinité.
Que ce ne soit pas l'humanité, cela s'impose, que nous la
considérions à part la divinité ou unie à
elle. Prise sans cette union, la chose est claire. De même, unie;
car son union avec la divinité est produite dans le temps,
puisque l'union ne lui est survenue qu'après sa propre
création. Comment donc peut-on dire d'elle qu'elle a
créé le monde et qu'elle n'a cessé d'être
dans le monde?
De même pour sa troisième Substance. Car cette
troisième Substance, l'un de ses éléments, c'est
l'humanité qui est produite dans
-40-
le temps. Il faut donc que cette troisième Substance ait
été dans le néant avant que l'Humanité soit
créée. Il devient impossible de lui appliquer la
description qui précède.
Même chose pour la divinité en tant qu'apparaissant dans
l' humanité. Cette 'apparition n'a eu lieu que lorsque la
divinité eût créé l' humanité. Si
donc nous jugeons de la divinité pa r rapport à cette
union créée, il devient impossible de lui attribuer ce
qui a été mentionné.
Il ne rest plus que de rapporter ces attributs à Allahu
taâlâ (luimême), en tant qu'Allah, et non en tant
qu'Il est uni à l'humanité ou que l'humanité se
trouve réunie à Lui.
Il faut donc rapporter ces paroles à Allahu taâlâ et
voici comme il faudrait entendre ce passage:, «Mais pour porter
témoignage à 'la Lumière qui est la Lumière
de Vérité, par laquelle la Vérité
éclaire tout homme, car la Vérité est ce qui guide
chacun par la Lumière de sa connaissance vers les vraies
connaissances et qui le met, en l'éclairant, au courant des
secrets de ses oeuvres. Ces secrets, les esprits ne peuvent les
atteindre que guidés par Sa Lumière». C'est
là un sens clair qui se passe de plus amples
développements. Le mot «Lumière», d'ailleurs,
est déjà employé dans l'Évangile avec le
sens de « guide». C'est dans les paroles suivantes de 'Isa
aleihissalâm: «Tant que je suis dans le monde, je suis la
lumière du monde». Jean donne ce passage au chapitre 22me.
De même ces autres paroles: «Je suis venu, lumière
du monde». Jean les donne au chap. 25. Ces déclarations
corroborent l'interprétation à laquelle nous nous sommes
livrés en prenant la Lumière au; sens de guide.
La seconde difficulté, c'est sa déclaration à la
fin du chapitre: « Et la Parole s'est faite chair et elle a
habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire».
Il est indispensable ici de rapporter comment cette expression se
trouve employée en copte, afin que ron voie ainsi comment ils
ont glissé dans l'erreur en s'écartant du sens
exigé par l'étymologie et en détournant cette
étymologie du sens le plus convenable pour lui en donner un
autre, en opposition avec les principes de la raison.
Le substrat de cette locution est: «Woh Bisagi Afer ou
Sarks». Ce qui signifie en copte: «Et la Parole a fait un
corps». Car «Af'er» veut dire en copte:
«Faire». Sur cette étymologie il ne subsiste aucun
doute, mais bien au contraire, l'expression prend ainsi un sens
très clair, à savoir que le Connaissant qui correspond
à la personne de la Parole, dont il a été dit
qu'elle était Allah par ces mots: «Et la Parole
était Allah», ce Connaissant a façonné un
corps et il a habité parmi nous et
-41-
nous avons vu sa gloire, c'est-à-dire, ce corps
façonné par Allah est luimême Hadrat 'Isa et cest
lui qui a apparu et dont en a vu -la gloire.
Ils se sont -excusés de répudier ce sens évident,
cm disant: «Etymologiquement, ce mot se trouve partagé
entre les deux sens de «faire» et «être
fait»,. Une telle considération vaut bien que l'on s'en
excuse, mais c'est une dérision, car un mot équivoque est
déterminé dans un sens ou l'autre par le moindre indice
qui indique, dans le contexte, le sens que l'on a en vue. Qu'as-tu donc
à disputer contre la raison qui exige de prendre ce mot dans le
sens que nous avons signalé!
En outre, concéder même que ce mot possédait
à l'origine une double acception, la le traducteur aurait
cependant agi à l'inverse de ce qui est de règle en cas
de vocables amphibologiqes, En effet, lorsqu'on hésite entre les
différentes acceptions d'un vocable amphibologique, c'est le
contexte qui détermine quelle est la bonne. Pour notre
traducteur, il a simplement décidé de détourner le
vocable de ce qu'il doit signifier,et de le prendre dans un sens que la
saine raison condamne chez l' auteur. Or il l'a fait pour obtenir ainsi
que l'Omniscient (') se soit fait chair!
Je ne connais personne qui ait envers Allah insolence pareille à
celle de cette secte. Par Allah, vraiment, il n'y a point de
stupidité plus grossière que celle de gens qui croient
que le Dieu du monde a été enseveli. Ils y ont encore
porté la comble en 'ajoutant: «C'est même le seul
samedi où il faut jeûner», car celui qui a fait la
terre est resté enseveli en ce jour. C'est ce qu'on lit dans
leurs canons, transcrits d' après la tradition de leurs chefs et
apôtres Vraiment celui que Dieu égare ne peut plus trouver
de maître pour le guider!
- Si l'on dit: «Ce mot a été pris dans cette
acception parce que c'est le contexte qui l'a fait
prévaloir», je réponds: «Tout
déterminatif qui contredirait la raison est à repousser
et l'on ne peut s'y appuyer. Sans compter que c'est ignorance que
d'appeler cela «déterminatif». Celui qui le fait n'a
point de règle scientifique qui le guide dans la poursuite de la
Vérité.
Nous pourrions nous arrêter à l'exposé de ce cas
très clair. Cela suffirait à résoudre la
difficulté qu'ils y ont introduite en recourant à la
falsification. Mais si nous voulions couper court à toute
contestation et concéder que ce mot possède
étymologiquement une double acception et que le contexte qui
l'accompagne fait prévaloir le sens de «devenir» sur
celui de «façonner», la réponse à
cette difficulté serait
(8) Allahu taâlâ est Omniscient. IL a l'attribut
d'omniscience.
-42-
également claire. Pris dans cette acception, aucun homme
raisonnable n'aurait la moindre hésitation à
détourner ce mot de son sens littéral. En effet, la
Parole dont il est question au début du chapitre, a
-été déclarée Dieu en ces termes: «Et
la Parole était Dieu». Comment peut-on alors dire de Dieu
qu'il -s'est fait chair!
Voici donc comment il faut rectifier ce langage: La Parole chez eux
consiste dans l'essence (divine) considérée sous le
rapport des attributs de Science de l'Expression, comme cela a
été dit au début du chapitre. Ce vocable se trouve
ainsi désigner les attributs d' Omniscience et d'Expression. Cet
emploi n'est pas limité à Allahu taâlâ car le
terme litigieux, de quelque manière qu'on l'emploie, doit s'
appliquer, en toute vérité, àchacun des objets
qu'il désigne. Ce vocable de « Parole», en
conséquence, serait employé pour désigner
l'essence sous le rapport de la Scinece et de l'Expression et en
prescindant de la corporalité que l'essence la possède ou
en spit dépourvue.
C'est ainsi qu'au début du chapitre, la Parole a
été appliquée au Conaissant, substantiellement
dépourvu de la corporalité et qui est allah. Mais
à la fin du chapitre, ce terme est appliqué au
Connaissant ou Parlant, substantiellement doué de
corporalité et qui est en même temps Envoyé. Le
sens des paroles: «Et la Parole s'est faite chair», serait
donc que cet Allah connaissant qui était désigné
par la Parole, était dépourvu de la corporalité
mais que maintenant, cette désignation est passée
à un Connaissant doué de corporalité et est
l'Envoyé d'allahu taâlâ. Car si ce mot a
été formé pour désigner l' essence sous le
rapport de la science, la notion du Connaissant s'en dégage
nécessairement. A supposer toujours que le mot
«Parole» désigne l'essence douée d'un
attribut, en tant qu'elle est essence.
Si l'on objecte que cette appellation (la Parole) est
réservée à l'Essence divine, on répond
alors que l'application qui en est faite à Hadrat 'Isa est par
manière de métaphore. En effet, dans le cas, il y a
participation certaine à la signification du terme et cela
constitue l'un des principaux titres pour justifier l'emploi
métaphorique.
On ne peut, non plus, repousser cette interprétation sous
prétexte qu'elle s'oppose au sens littéral, car une
métaphore n'a précisément d' autre but que de
détourner le discours de son sens apparent, en raison d'une
indication qui ne permet pas de le maintenir dans son acception propre.
Si l'on disait: cette interprétation ne serait acceptable que si
vraiment le discours restait cohérent surtout quand il s'agit
des paroles d'Allahu taâlâ.
-43-
Nous répondons: ce qui est raisonnable lorsqu'on juge qu'une
expression ne peut être maintenue dans son sens propre, c'est de
recourir à l'interprétation métaphorique. Or, si
l'interprétation, en détournant le mot de son sens
littéral, comme nous l'avons dit, réussit à lui
donner un sens plausible, il ne reste alors au partisan du sens
littéral aucune excuse pour refuser ce qui est raisonnable et
pour repousser une possibilité d'interprétation
métaphorique.
Nous allons montrer maintenant qu'aucune incohérence n'est
introduite dans le discours par les expressions de ce passage et
comment on peut les entendre dans un sens admissible, suivant Il
interprétation que nous en avons déjà
donnée. Nous disons donc: Il est établi que la
Vérité est ce qui éclaire de sa lumière
tout homme qui vient et fait tomber pour lui le voile de toute chose
cachée. C'est ce qu'indique le passage suivant: «Afin de
porter témoignage à la Lumière qui est la
Lumière de Vérité, qui éclaire tout
homme». Quant à ses paroles: «Et il était
dans le monde»; cela peut qualifier la Lumière, aussi bien
que la Vérité, car qu'Allah soit guide de
Vérité, qu'IL manifeste toute chose cachée, qu'Il
écarte le voile de toute obscurité, voilà qui est
manifeste et constant dans le monde.
Les paroles: «Le monde a été fait par Lui»,
indiquent un attribut de la Vérité et cela avait
déjà été signifié au début du
chapitre par ces paroles: «Tout était en Lui (a
été fait par Lui)». Je me demande quel
prétexte on peut avoir d'appliquer ces paroles à 'Isa, en
dépit de ce qui est exprimé en tête du même
chapitre, parlant de Dien: «Et sans elle, rien n'a
été fait de ce qui a été fait»!
Ses Paroles: «Elle vint parmi les siens» désignent
les familiers de la Vérité. Cette Vérité
dont la lumière a lui, la lumière de sa direction et de
ses conseils, car c'est par sa lumière que se dirige tout homme
qui suit la voie droite. Ce que l'on entend ici par la venue de la
Lumière, c'est son apparition, car pour les choses spirituelles,
on dit «venir» dans le sens de se manifester.
Et ses paroles: «Et les siens ne le reçurent pas».
Par «les Siens», on entend «ceux qui ont
été appelés pour être dirigés (dans
la vérité). Ce qui veut dire donc: Et les siens, ceux qui
ont été conviés à se mettre sous sa
direction, ne l'ont pas accepté comme guide.
Et ses paroles: «Quant à ceux qui le
reçurent», c'est-à-dire ceux qui acceptèrent
sa direction, et ils ne sont pas les mêmes que ceux qui la
rejetèrent, comme l'indique «quant à»,
particule de disjonction qui introduit le début du passage:
«il leur donna le pouvoir de devenir fils. de Dieu».
L'expression la plus naturelle aurait été de dire
«ses fils»,
-44-
mais il l'a évitée pour faire mention formelle du Nom
vénéré de d' Allahu taâlâ, voulant par
la dignité de cette relation, produire une plus grande
impression sur les âmes.
Il dit ensuite: A ceux qui croient en son Nom et qui ne sont ni du
sang, ni du désir de la chair, ni du vouloir d'un homme, mais
sont nés d'Allah», voulant signifier que cette filiation
par laquelle ils ont acquis l'honneur de la parenté avec Allah,
n'est pas du genre des filiations dont c'est le propre de survenir par
la volonté des hommes et l'union
avec les femmes et par la formation de-chair et de sang, mais on entend
par là l'extrême souci de Dieu à se rapprocher
d'eux-et à leur témoigner sa sollicitude, comme il a
été dit.
Après quoi il a poursuivi, montrant qu'il appartient à la
Parole, d' OÙ est extraite la notion du Connaissant de
s'appliquer à ce Connaissant, qu'il soit dépourvu
d'humanité, comme c'est le cas pour l'essence divine, ou qu'il y
soit uni, comme c'est le cas pour l'envoyé d' Allahu
taâlâ.
En outre les chrétiens ont interprété la doctrine
des hypostases d'une manière qui les a amenés à
reconnaître, aussi bien dans la réalité que dans le
simple concept, trois dieux distincts en nature et en substance, -ou
alors à nier l'essence d'Allahu taâlâ.
En effet, ils font consister le Père dans Il essence sous le
rapport de la Paternité, le Fils dans l'essence sous le rapport
de la Filiation et Il Esprit Saint dans l'essence sous le raport de la
Procession. Puis ils disent «Un seul Dieu»!
Si on les presse un peu là-dessus en leur montrant que l'esence
du Père, spécifiée par la Paternité, ne
peut admettre l'attribut de Filiation et qu'il en va de même pour
le Fils et l'Esprit Saint, et que l'essence divine n'étant pas
de la catégorie des essences relatives, elle ne peut être
considérée sous l'aspect de la paternité pour l'un
et sous celui de la filiation pour l'autre, ils répondent que
l'essence reste une, et qu'il est impossible de lui rapporter tous ces
attributs; toutefois, ajoutent-ils,quand nous lui rapportons un
attribut, nous sous-entendons la négation de ce qui n'est pas
lui. Ici éclatent l'ignorance, l'aveuglement et la
stupidité! Ils affirment l'éternité de ces
essences ainsi que de leurs attributs. Elles sont donc dans le rapport
de cause nécessairement, et inversement si l'effet est absent,
la cause l'est aussi. Donc supposer la négation d'un attribut
inséparable de l'essence, c'est supposer la négation de
cette essence elle-même. C'est à quoi fait allusion le
Coran «Ils sont impies ceux qui disent que Dieu entre en
tiers dans une Trinité».
-45-
2 - Antériorité de Jésus à Abraham.
Le deuxième argument est tiré de Jean au chapitre 21
«Abraham votre Père a désiré voir mon jour,
il l'a vu et s'en est réjoui. Les Juifs lui dirent: Tu n'as pas
encore atteint cinquante» «ans et tu as vu Abraham!
Jésus leur dit: En verité, En
vérité», «je vous le dis, avant qu' Abraham
ne soit, je suis».
Nous répondons: La métaphore éclate dans ce
langage, car Abraham (Ibrahîm alehissalâm) n'a pas vu le
jour de sa naissance ni le jour où Îsâ
aleihisselâm envoyé d'Allahu taâlâ, ni le jour
où il acquit la troisième substance, ainsi qu'ils le
prétendent du moins, car tout cela a eu heu après
Abraham. On entend simplement par là que le désir des
Prophètes est que Dieu ne cesse d'être obéi, et que
sa Religion, qui sauvegarde les intérêts de ses
serviteurs, ne cesse d'être manifestée au monde. Quand
donc Ibrahîm aleihissalâm fut avisé de la mission
confiée à 'Isa de guider le monde et de tout ce qu'il
devait accomplir pour le bien des fidèles, suivant les
dispositions de la Loi qu'il apportait, à s'en réjouit.
«Voir» ici, est mis pour cette perception intellectuelle
qui constitue la connaissance de quelqe chose en nous pour la vision
oculaire. Paul dans son épître aux Corinthiens, a
déclaré plus que cela encore, et c'est ce qui montre que
l'Évangéliste a voulu dire exactement ce que nous disons:
Paul écrit en effet: « Quant à nous, nous parlons
par la Sagesse cachée de Dieu, du mystère qui ne cesse d'
être voilé au monde et que Dieu, prenant les devants,
avait décrété avant les siècles». Il
veut dire que ces événements étaient de toute
éternité dans la Science divine et qu'ils
n'étaient donc pas hypothèse gratuite et pure invention.
C'est le sens même de notre interprétation.
Dans les Actes des Apotres, le plus grand des disciples de Hadrat
Isâ, Pierre fils de Jona, connu sous le nom de Simon
Céphas, fait une déclaration semblable, quand il dit:
«0 fils d'Israël, écoutez ces paroles: Jésus
de Nazareth, un homme qui apparut parmi vous de la part d'Allah, avec
des prodiges et des signes que Dieu a accomplis par ses mains au milieu
de vous, comme vous le savez vous-mêmes». Voilà ce
qui était décrété pour lui selon la
prescience et la volonté d'Allah. Ces deux personnages, de
premier plan chez eux, l'ont déclaré exactement comme
nous l'avions interprété et le fils de Jona a
renchéri encore, en disant que c'était «un
homme» et que les prodiges et les signes, accomplis par ses
mains, ne sont pas dus à son action propre, mais que c'est Allah
seul qui en est l'auteur,comme il le déclâre par ses
paroles: «Un homme qui se montra au milieu de vous de la part de
Dieu avec les prodiges et les signes que Dieu a accomplis par ses
(*) de sa réédition en 1981.
-46-
mains». Or, ce disciple qui nous a fait part de tout ce qui a
précédé, il ne peut venir à l'esprit de
personne d'entre eux, de le contredire.
Le texte de l'Évangile, d'ailleurs, exprime clairement d'une
manière générale, aussi bien qu'en particulier, la
nécessité de suivre cet apôtre et de s'en tenir
à ce qu'il dit.
D'une manière générale d'abord, lorsque Hadrat
'Isa dit à ses 'disciples: «En vérité, je
vous le dis, tout ce, que vous aurez lié sur terre sera
lié au Ciel, et tout ce que vous aurez délié sur
terre sera délié au Ciel.»
D'une manière spéciale, lorsque s'adressant à
Pierre (seul) il dit: «Tu es Pierre et sur cette pierre je
construirai mon Église», et il ajouta: «Ce que tu
auras lié sur terre, sera lié au Ciel, et ceque tu
aurasdéliésur terre, sera délié au
Ciel».
L'ensemble de ces déclarations générales ou
individuelles, se
trouve dans l'Évangile de Matthieu. 'Isa a dit également:
«Pais mes agneaux. Pais mes béliers. Pais mes
brebis», visant par là les groupements de son peuple. Cela
est rapporté par Jean à la fin de son Évangile.
La légitimité de cette interprétation trouve
également un appui dans ces paroles: «J'étais avant
Ibrahim aleihissalâm». L'antériorité ne peut
être ici rapportée à son humanité,
fût-elle considérée séparée de la
Divinité ou unie à elle. elle ne peut être non plus
rattachée à la troisième Substance comme il
ressort de ce qui précède, car toutes ces choses sont
d'existence récente et ne pouvaient exister déjà
du temps de, Hadrat Ibrahîm. Mais ce qui est visé ici par
l'antériorité c'est la connaissance qu'avait Hadrat
Ibrahîm du décret éternel d'Allah relatif à
la mission de Jésus et à tout ce qui s'y rattachait pour
la conduite des peuples vers la Vérité. C'est cela qui
l'a porté à se réjouir.
Si l'on dit: «Quel privilège pour Îsâ
aleihissalâm en cela, puisque ce que nous lui reconnaissons ici,
lui est commun avec les autres
Prophètes, bien plus, avec tous les êtres? Nous
répondons: Jésus n'a pas mentionné cela à
titre de privilège; il a voulu seulement s'opposer
victorieusement à l'incrédulité des Juifs au sujet
de la joie et de l' allégresse éprouvées par
Hadrat Ibrâhîm à la vue de son jour, et pour
défendre la véracité de ce qu'il rapportait; car
les Prophètes quand ils en viennent à tenir pareil
langage, ils le font en réponse à un démenti
donné à leurs paroles, et à leur prétention
d'être en toute vérité des Envoyés d'Allah.
Leurs déclarations constituent ainsi une réplique au
négateur et lui signifient que leur mission est
réellement vraie, elle est décrétée par
Dieu de toute éternité.
-47-
L'exactitude de cette interprétation est démontrée
par le fait que 'Isa n'a dit cela que lorsque les Juifs
s'indignèrent contre la hardiesse de ses paroles et dirent:
«Tu n'as pas encore atteint cinquante ans». Il donna la
raison qui justifiait la joie d'Ibrahim alehissalûm..
C'est de cette manière que les Prophètes d'une part,
amènent leurs contradicteurs à les croire quand ils
prétendent posséder la Prophétie et la
qualité d'envoyés, et que d'autre part ils fortifient la
foi de ceux qui leur font crédit, sans avoir cependant atteint
le degré de la connaissance claire.
On trouve quelque chose de semblable dans les paroles du Maitre des
Envoyés, quand il dit: «J'étais déjà
Prophète, lorsque Hadrat Adam était encore eau et
boue».
Il se peut également, d'ailleurs, que 'Isa aleihissalâm
ait mentionné là un privilège et ce serait alors
la connaissance donnée à Ibrahim aleihissalâm de sa
mission totale et de tout ce qui s'y rapporte: conduite des hommes vers
la vérité et manifestation des prodiges
produits par ses mains et qui lui sont propres, à l'exclusion de
tout autre parmi les Prophètes précédents.
Voilà comment il faudrait entendre le désir louable
ressenti par Ibrahim aleihissalâm. Comment donc peut-on
établir la divinité d'un homme avec des preuves de ce
genre!
3 - La Réponse à Philipe: Qui me voit, voit le
Père.
Troisième argument. - Il est donné dans le récit
du fils de Zébédée, au chapitres 11, des chapitres
du Paraclet:
«Philippe lui dit: Maître,- montre-nous le Père et
il nous suffit! Jésus lui dit: je suis avec vous tout ce temps
et tu ne me connais pas encore, Philippe! Celui qui me voit, voit le
Père. Comment dis-tu alors: montre-nous la Père? Ne
crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est
en moi? Ces paroles que je dis, ne sont pas de moi, mais mon
Père qui est en moi accomplit ces oeuvres. Croyez en moi: je
suis dans le Père et le Père est en moi. Du moins croyez
à cause des oeuvres mêmes. En vérité, en
vérité, je vous le dis celui qui croit en moi, fera les
oeuvres que je fais et de plus grandes encore il fera, carje vais au
Père! » (explicit).
Je dis donc: Ce passage est semblable à celui dont les Juifs
avaient contesté la portée. Hadrat Îsâ s'en
était alors expliqué en leur servant un exemple. Ici, il
apporte encore plus de clarté- au sujet en s'y comportant comme
à son ordinaire, à savoir de ne recourir à aucune
expression ambigue sans la faire suivre de ce qui en découvre le
sens caché. La preuve en est que lorsque ses disciples lui
demandèrent de leur montrer Allah, comme il ne pouvait rien
faire pour eux sur ce
-48-
point, il tourna l'objet de leur requête en disant: Celui qui m'a
vu a vu le Père», signifiant par là que 'Allah, du
moment quil ne peut être vu par les fidèles a
constitué les Prophètes pour être Ses
représentants dans la transmission de ses vouloirs, comme il en
est pour les rois, qui se dérobent à la vue de leurs
sujets. C'est ainsi que les Prophètes ordonnent ce qu 'Allah
ordonne, défendent ce qu'il défend, et jugent suivant Ses
jugements.
Il a ensuite clairement signifié qu'il n'entendait pas ce qu'il
venait de dire au sens littéral en déclarant: «Et
ces paroles que je vous dis ne sont pas de moi». Et ne craignant
pas d'être trop clair, il ajouta encore: «Mais mon
Père qui est en moi accomplit ces oeuvres», voulant dire
par là qu'on doit rapporter à Allahu taâlà
non pas Ses paroles seulement, mais encore ses oeuvres. Il veut dire
ainsi: Toute parole émanant de moi et impliquant un jugement,
vient d'Allah, car c'est de Lui qui je. suis venu parler, et toutes les
oeuvres que vous voyez, qui jettent votre esprit dans l'admiration et
rappellent les prodiges des Prophètes, tout cela est accompli
par Lui, parce que produit par un effet de sa puissance.
Nous avons déjà cité la déclaration de Paul
qui appuie cette interprétation et nous avons rapporté
ses propres paroles: «Dieu est Unique, et le Médiateur
entre Dieu et les Hommes, c'est l'homme Jésus-Christ».
Îsâ aleihissalâm poursuit encore son discours et ce
qu'il dit alors ne permet plus de supposer qu'il ait employé
dans leur sens littéral les paroles indiquant qu'il est
lui-même Allah. Il dit donc, signifiant bien qu'il ne les
entendait pas au sens obvie et invitant ses auditeurs à
considérer les raisons qui l'ont amené à user d'un
pareil langage: « En vérité, je vous le dis, celui
qui croit en «moi fera les oeuvres que j'ai faites et de plus
grandes encore il fera». Il a donné là le fondement
de la métaphore, car on ne peut imaginer qu'il soit possible
à quelqu'un d' entre les mortels d'accomplir en aucune
manière des oeuvres plus grandes que les-oeuvres d'Allahu
taâlâ.
Puis voulant être plus clair encore, il ajouta: «Car je
vais à mon Père». S'il avait été
lui-même le Père, il n'aurait pas. dit: «Car je vais
à mon Père». On ne peut en effet concevoir
quelqu'un qui puisse dire: «Je vais à Zeid» alors
qu'il est lui-même Zeid en personne!
Les paroles: «Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père
et que le Père est en moi?» - Il veut signifier par
là, l'absence de toute divergence dans les jugements et les
volontés, suivant ce que nous
-49-
avons déjà exposé au sujet de l'usage qu'il fait
du terme «Holul» (*) La preuve en est qu'il y ajoute:
«Et ces paroles que j'exprime ne sont pas de moi. Que celui qui
réfléchit considère donc ce passage. Nombreuses y
sont les déclarations et les indications fournies par le
contexte qui montrent bien que 'Isa distingue entre Allah et lui.
Comment alors peut-il être déclaré Allah
lui-même! Bien plus, à supposer même que tout ce
passage soit ambigu, il ne serait pas permis pour autant d'aller contre
la raison et d'ajouter foi à ces dires. A plus forte raison
alors, s'il faut entendre ce passage, comme nous l'avons fait! Allahu
taâlâ soit loué qui nous a guidés en cette
recherche! Nous n'aurions su y atteindre si Allahu taâlâ ne
nous y avait conduit.
Ce passage comporte un autre aspect, confirmé clairement par
l'Évangile de Matthieu quand il dit: «Et personne ne
connaît le Fils sinon le Père, et personne ne
connaît le Père sinon le Fils»». Il y
déclare que nul ne la connaît (parfaitement) si ce n'est
Allah seul. Ainsi sa réponse à celui qui demandait de
voir Dieu serait négative: «Je suis avec vous tout ce
temps, et tu ne me connais point encore! Alors queje ne suis qu'un
homme et que la connaissance de l'homme est accessible! Comment
prétendre alors à connaître Allahu
taâlâ, lui dont la connaissance ne peut dépendre du
sens de la vue et dont on n'explique point la nature profonde par
distinction de genre et d'espèce. Puis passant outre, il montra
que l'on ne demande au fond à connaître Allahu
taâlâ qu'afin de s'assurer que tous ces jugements sont de
lui. Il dit donc: Celui qui m'a vu a vu le Père, c'est
-à-direje raporte ce qui est en Lui. Puis exliquant encore il
dit: «Et ces paroles queje dis, ne sont pas de moi». Et non
content d'attribuer ses paroles à Allahu taâlâ, il
ajouta: «Mais mon Père qui est en moi, est celui qui
accomplit ces oeuvres...», et il poursuivit son discours, en
accord avec l' interprétation qui en a été
donnée.
VI - L'EMPLOI DE LA «PAROLE» DANS LE CORAN
Reste un mot qui a fait difficulté pour quelqu'un. Il a
pensé en effet que partout où est employé le terme
«Ia Parole», il signifie exactement ce que les
chrétiens sont convenus d'entendre, lorsqu'ils parlent de leurs
Personnes divines. C'est cette interprétation qu'ils donnent au
mot «parole» dans les passages où ce terme ne peut
s' entendre au sens littéral, ce sens entraînant une
pluralité d'essence (en Allahu taâlâ).
Illusion grossière et aveuglement qui lui ont fait croire que
cette
(9) Demeurer en quelqu'un
-50-
acception conventionnelle à propos de laquelle les
chrétiens ont été amenés par la
nécessité que nous avons mentionnée, à dire
ce qu'ils ont dit, ont dit, devait être la même pour les
adeptes de n'importe quelle foi religieuse.
Il a cru ainsi trouver témoignage de la divinité de
Hadrat 'Isa, dans le passage suivant du Qoran (Kur'ân-i
karîm):
«0 gens du Livre, n'exagérez pas dans votre foi et ne
dites «d'Allah que la Vérité «Le Messie, fils
de Marie, n'est que l'Envoyé d'Allah et sa Parole qu'il a
jetée en Marie, et un Esprit de Lui. Croyez donc en Allah et en
ses Envoyés [Prophètes] et ne dites pas: Ils sont
«trois! Finissez-en donc. Cela vaut mieux pour vous. Allah est
unique! ».
J'ai donc voulu arracher le voile qui recouvre cette difficulté
afin que celui qui considère ce passage soit à l'abri des
équivoques trompeuses. Je dis donc: l'être engendré
est produit par deux causes. L' une d'elles réside dans les
testicules, et c'est l'une des deux catégories de la force
génératrice. Par elle, le sang aboutit à un
état qui le rend apte à recevoir la force vitale de Celui
qui donne les Formes, l'autre cause est la force contenue dans le
sperme quand il passe dans l'utérus et que se
trouvent réalisées pour lui les autres conditions,
c'est-à-dire qu'il soit lui-même un liquide abondant, sain
et vigoureux, ni altéré ni alangui, que l'utérus
d'autre part, soit aussi sans infirmité et qu'il ne survienne
à la femme après le rapprochement, aucune secousse
violente qui puisse provoquer la chute du sperme hors de son sein. Le
sperme se trouve alors disposé pour recevoir de celui qui
dispense les Formes, la force informante. Sous son influence, les
membres viennent-ils à se constituer, nous avons alors
production de la forme «membrale», et corruption de la
forme «spermatique». Le sujet est alors apte à
recevoir l'esprit, de celui qui le dispense.
Telle est la cause ordinaire qui intervient dans la constitution de
tout être engendré. Ceci admis, nous disons: toute chose a
une cause prochaine et une cause lointaine. Le plus souvent on la
rapporte à sa cause prochaine. On dit ainsi à la vue des
prairies verdoyantes Regardez l'oeuvre de pluie. Alors que c'est Allahu
taâlâ qui en est le Créateur véritable. Et si
l'on voit desplantes vigoureuses sur un terrain aride et dur alors que
le soleil est dans la constellation du Lion (au fort de
l'été), on dit: Regardez l'oeuvre d'Allahu
taâlâ! On mentionne ainsi la cause véritable, en
l'absence de la cause courante.
Ces deux principes mis en évidence, nous disons: En ce qui
concerne Hadrat 'Isa, l'absence de cause prochaine nous est
révélée par des indices certains. Aussi sa
formation a-t-elle été rapportée à la
-51-
cause éloignée qui est la Parole, car chacun est
créé par la Parole d' Allah par laquelle il dit à
tout être créé: «Sois» et il est
aussitôt. C'est pourquoi on l'a dit de 'Isa aleihissalâm
afin d'indiquer l'absence de la cause prachaine courante, et qu'il a
été formé par la Parole «Sois», sans
l'intervention de sperme auquel on puisse rapporter sa formation, comme
nous l'avons dit.
Le Kur'ân-i karîm a encore expliqué cela en
ajoutant: « Qu'il ajeté dans Marie», signifiant
ainsi, que l'enfant se forme par le spermejeté dans le sein de
la mère et cet être engendré n'a été
crée que par la Parole jetée dans le sein de sa
Mère. Et cette Parole, c'est l'ordre de se constituer. Elle
n'est donc «jetée» que d'une manière
métaphorique.
Quelque chose de semblable est aussi rapporté d'Adam
aleihissalâm, car tous deux ont ceci de commun qu'ils n'ont pas
été formés par les causes ordinaires. Allahu
taâlâ dit et effet dans le Qor'an-i karîm:
«qu'est-ce qui t'a empêché de te prosterner et
d'adorer quand tu fus créé de mes mains?» Or Allah
n'a point de main. Mais le sens en est: «Je l'ai
créé par ma puissance», pour indiquer qu'il n'a pas
été formé de sperme, mais bien par sa puissance,
montrant ainsi l' absence de la cause ordinaire. Et quand la cause
ordinaire vient à manquer, l'effet est rapporté à
la cause éloignée, qui se trouve assimilée
à la cause réelle qui est alors la Parole d'Allahu
taâlâ.
Ce rapprochement se trouve ailleurs clairement exprimé, quand IL
est dit: «Il en est de Hadrat 'Isa, chez Allah, comme d'Adam
aleihissalâm «qu'Il a tiré de la poussière et
auquel IL dit ensuite: «Sois! et il «fût». De
même ses paroles: «Et un Esprit de Lui»,
c'est-à-dire «c'est un esprit dont la formation provient
(directement) de Lui sans l'intervention des causes ordinaires
auxquelles on rapporte d' habitude l'effet produit. L'expression
«de Lui» qui exprime une relation, joue ici le rôle
de simple attribut à l'égard de «esprit»
(c'est-à-dire n'a pas un sens possessif,. mais un sens de
provenance) (').
Si l'on objecte: votre argument vaut si c'est la Parole qui est ici
vraiment cause, et ici la Parole est vraiment cause, si la proposition
est conforme aux lois qui régissent en arabe la protase et
l'apodose dans une phrase de sens conditionnel, Or, il ne peut s'agir
ici de la proposition conditionnelle, car cela entraînerait
l'idendité de la cause et de son effet.
(') Explication grammaticale difficilement transposable. Ghazali veut
dire que «un esprit de Lui», veut dire simplement «Un
esprit créé par Lui (Allahu taâlâ)», et
non pas «l'esprit d'Allahu taâlâ».
-52-
Al Farisi dit en effet à ce propos: «s'il était
admis qu'on eût, là l'apodose d'une proposition
conditionnelle, l'expression «Kun fa yakun» serait
assimilée à la manière de parler de celui qui
dirait: « Va-t'en, afin que tu t'en ailles! ». Or cela ne
peut être, car le sens serait alors, en ramenant à la
forme régulière de la proposition conditionnelle:
«Si tu es, tu es» et «si tu pars, tu pars».
Cause et effet seraient ainsi identiquement les mêmes. Et c'est
pourquoi les lecteurs du Qoran se sont. accordés à mettre
le verbe à l'indicatif (ar-raf) (et non au subjonctif).
«Quant à AI Kisai, poursuit-il, il n'a suivi la kiraat (*)
de Ibn'Amer en ce qui concerne la partie du verset
précédent dont on a tiré argument (c.-à-d.
kun fa yakûna), que pour ce qui pouvait êtte mis au
subjonctif (intisab) non en qualité de subordonnée
conditionnelle, mais de coordonnée ('atf) à un verbe
précédent déjà subjonctif. D'ailleurs Kisai
ne se trouve d'accord (avec Ibn 'Amer) que pour deux versets. Le
premier c'est la déclaration du Kur'ân-i karîm:
«Quand Il désire quelque chose, sa manière de
commander est qu'IL lui dise: Sois! et qu'elle soit». Le second
cas c'est la déclaration divine: «Quand nous
désirons quelque chose, notre manière de lui commander
est que nous disions: Soit! et qu' elle soit». Or s'il n'est pas
permis de considérer comme conditionnelle ce qui vient
d'être lu, qu'on l'entende à l'indicatif ou au subjonctif
(c.-à-d. fa yakûna ou fa yakûnu), l'argument
tiré de ce verset tombe, et on ne peut plus voir dans la Parole
une vraie cause».
Je réponds: Allahu taâlâ daigne m'assister! Que
cette dispute est bien étrange. Les maîtres de la langue
arabe emploient les subordonnées en considérant
tantôt leur signification et tantot la seule construction
grammaticale des mots, abstraction faite de la signification. Un
exemple nous est donné dans la parole divine: «Ne vont-ils
pas de par la terre pour qu'ils voient!». L'emploi de la
subordonnée se trouve ici dépendre de la forme
interrogative de l'expression sans tenir compte de son sens. Ce sens
est en fait. «Ils ont été de par le monde es Us ont
vu» et à n'y a là que la simple énonciation
d'un fait qui n'a rien à voir avec l'interrogation. Si l' on
objecte: la particule fa' est ici particule de coordination (et non pas
causale), parce qu'elle est susceptible, en fait avec l'apocope du noun
(i.e. avec le verbe au subjonctif), d'introdire aussi bien une
coordonée qu'une subordonnée, de quel droit
prétend-on alors, dans cette hypothèse, la limiter ici
à la seule fonction d'introduire une subordonnée? Cette
objection trouve sa réfutation dans un exemple où, sans
doute possible, il s'agit d'un subordination purement verbale; quand le
Kur'ân-i karîm dit: «Ne vont-ils pas par la terre
afin qu'ils aient un coeur!».
(") La science de réciter le Coran (Kurlân-i karîm)
-53-
Celà établi, le cas qui nous intéresse se
ramène à la règle ci-dessus et la
subordonnée y affecte une forme impérative, sans en
prendre le sens toutefois. Sibawayhi a dit à ce sujet: «On
a comparé le rapport de l'objet commandé à la
forme impérative du verbe dans le langage courant, au rapport de
la chose accomplie à la puissance qui la réalise».
Les gens du commun croient en effet que si quelqu'un commande à
un autre de se lever et que son commandement procure ce résultat
chez lui, l'action de se lever est causée par la forme
impérative du verbe, et c'est cette forme qui est la cause de
l'action, alors qu'en réalité cela est causé par
la volonté que la forme impérative a manifestée.
La preuve en est que si un maître commande quelque chose à
son serviteur et que le serviteur sache qu'en réalité son
maître ne désire pas qu'il fasse ce qu'il lui a
ordonné, vient-il à le faire, il sera
considéré comme ayant désobéi à son
maître et digne d'être blâmé par lui. Ainsi il
y a deux causes de ce qui est commandé: l'une réelle, la
volonté, et c'est la cause éloignée; l'autre, dans
l'usage courant, est la forme impérative du verbe qui manifeste
la volonté. On revient ainsi à la même règle
grammaticale qui réfère la proposition à sa cause
prochaine.
Il est donc établi par ce que nous avons dit, que les gens du
commun considèrent uniquement le mot qui sert à exprimer
l'ordre et lui rapportent le fond du jugement et ils considèrent
enfin ce qui lui succède, comme un effet produit par lui, en
dépit de l'existence de causes réelles mais plus
éloignées. C'est cela même que nous avons
montré dès le début. Cette difficulté a sa
source dans la constitution grammaticale de la langue arabe. Il nous a
été possible de la résoudre en la ramenant aux
règles qui régissent la langue. De cette manière,
la difficulté proposée tombe sans conteste, ainsi que
l'illusion de ceux qui croient que la leçon adoptée par
Ibn 'Amer, pour les cas où la particule fa' est prise uniquement
comme servant à introduire une subordonnée, est difficile
à ramener aux principes de la langue arabe et à ses
règles, comme dans la déclaration du Kur'ân-i
karîm: «Allah quand IL décide quelque chose,
s'exprime en lui disant: Soit! et elle est», et dans les autres
passages semblables où Ibn 'Amer a été seul
à maintenir la lecture du verbe au subjonctif (mansuban). Mais
les lecteurs (du Qoran) sont bien obligés d'en arriver là
eux aussi pour le texte de la déclaration divine: « Ne
vont-ils par la terre, afin qu'ils aient un coeur!» Il n'y a pas
d'autre raison pour eux de s'accorder sur le subjonctif et de faire du
fa' une particule de subordination, si ce n'est en la
référant à la seule forme interrogative, prise
comme telle et sans égard à sa signification vraie, comme
nous l'avons déjà exposé.
Ainsi, grâce à cette interprétation et aux
conséquences logiques
-54-
de notre argumentation, il ne subsiste plus aucune difficulté au
sujet de Ibn 'Amer!
Que le lecteur considère donc l'excellence de cette analyse
grammaticale et de ces choses curieuses, et qu'il glorifie cette
religion de Muhammad aleihissalâm appuyée sur le
Prophète le plus disert dans sa parole et le plus
pénétrant dans son argumentation. Elle offre dans ce
qu'elle exprime toutes sortes de merveilles et dans ce qu'elle tait
toutes sortes de raretés. Et qu'il s'étonne de voir un
groupe de Sm se cramponner a un passage de cette sorte qui serait
cependant si claire à comprendre et à interpréter!
VII - CONCLUSION
Nous avons terminé notre tâche et nous avons rempli notre
promesse, de montrer que les passages (scripturaires) n'indiquaient pas
la divinité de Hadrat 'Isa et n'étaient pas à
prendre dans un sens que réprouve la saine raison, et de
concilier ce qu'ils croient être inconciliable, cherchant en tout
cela la Face d'Allahu taâlâ. Que ce Dieu nous mette parmi
ceux qui se conduisent à la lumière de ses conseils et
qui sont préservés de toute faute dans leurs paroles et
leurs actions, grâce à son assistance favorable, à
sa sollicitude ainsi qu'à la miséricorde qu'IL a
témoignée à la meilleure de ses créatures,
à Muhammad aleihissalâm, à sa famille et à
ses familiers.
Explicit Totus Liber.